2 millions d’euros volés : un Algérien jugé à Paris

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Près de trois ans après le braquage d’une prestigieuse bijouterie parisienne, une question reste toujours sans réponse : où sont passés les bijoux dérobés ? Trente-deux pièces de haute joaillerie, estimées à plus de 2 millions d’euros, n’ont jamais été retrouvées. L’affaire doit désormais connaître son épilogue judiciaire avec le procès d’Aïssa Bendjaber, un Algérien de 66 ans surnommé « le braqueur au borsalino ».

L’homme comparaîtra le 9 novembre 2026 devant la cour d’assises de Paris avec six autres personnes présentées comme ses complices présumés. Il est notamment accusé d’avoir participé au braquage de la maison Piaget, située rue de la Paix, dans le 2e arrondissement de Paris, le 1er août 2023.

Le dossier conserve une importante part de mystère, notamment en raison de la disparition du butin. Les enquêteurs ont exploré plusieurs pistes concernant le parcours des bijoux après le vol. Selon certains éléments de l’enquête, les pièces auraient notamment pu être dissimulées dans un parc de la région parisienne avant d’être destinées à rejoindre Anvers, en Belgique. Ces recherches n’ont toutefois pas permis de mettre la main sur les bijoux.

Lors de ses auditions, Aïssa Bendjaber aurait reconnu son implication dans le braquage, mais il n’aurait pas fourni d’informations permettant de localiser les objets volés. Le butin reste donc introuvable à ce jour, alors même que les investigations ont permis de reconstituer une partie du scénario de l’attaque et d’identifier plusieurs personnes impliquées.

Ce 1er août 2023, le sexagénaire s’était présenté dans la boutique Piaget accompagné de Madalina T., une femme âgée de 38 ans. Leur présence dans la bijouterie ne semble pas avoir immédiatement éveillé les soupçons. La situation change lorsque le vigile leur demande de retirer leurs chapeaux et leurs lunettes de soleil.

Bendjaber sort alors une arme de poing équipée d’un silencieux et la pointe en direction des employés présents dans l’établissement. Cinq personnes se trouvent alors dans la bijouterie. Sa complice permet ensuite à un troisième membre du groupe, Hamed T., 56 ans, de pénétrer dans les lieux. Lui aussi est armé.

Les deux hommes s’emparent alors de plusieurs pièces de haute joaillerie avant de quitter les lieux. Au total, 32 bijoux sont dérobés, représentant un préjudice supérieur à 2 millions d’euros. Le groupe dispose également d’un quatrième complice chargé de faciliter la fuite.

Ce dernier attend à l’extérieur avec un scooter BMW dont la plaque d’immatriculation est falsifiée. Mais le plan ne se déroule pas comme prévu. Au moment où les braqueurs cherchent à prendre la fuite, le deux-roues refuse de démarrer. Ils sont contraints de l’abandonner et quittent finalement les lieux à pied.

L’enquête est rapidement confiée à la brigade de répression du banditisme. Les investigations permettent notamment de remonter jusqu’à Aïssa Bendjaber. Plusieurs personnes sont interpellées à l’automne 2023, portant à sept le nombre de suspects arrêtés dans le cadre de cette affaire.

Mis en examen le 3 octobre de la même année, Bendjaber finit par reconnaître les faits au cours de sa garde à vue. Cette reconnaissance ne permet cependant pas de résoudre l’un des principaux mystères du dossier : la destination des bijoux. Malgré les investigations, les 32 pièces de joaillerie demeurent introuvables.

Le profil du principal accusé n’est par ailleurs pas inconnu des services judiciaires. Aïssa Bendjaber possède un lourd passé dans le grand banditisme et a déjà été condamné à plusieurs reprises pour des attaques de bijouteries. Son parcours criminel s’étend sur plusieurs décennies et lui a valu de nombreuses années de détention.

Né en Seine-Saint-Denis d’un père maçon d’origine algérienne et d’une mère allemande, il grandit dans une famille de huit enfants. Son enfance est marquée par une grande précarité. La famille vit notamment dans un logement dépourvu d’eau courante et d’électricité avant de s’installer au Franc-Moisin, à Saint-Denis, dans les années 1970.

Il quitte l’école à seulement 14 ans et connaît dès l’année suivante son premier placement en maison de redressement. En 1975, alors qu’il n’a que 15 ans, il est incarcéré pour la première fois dans une affaire de cambriolage. Son parcours se poursuit ensuite dans le grand banditisme, avec notamment une attaque de banque en 1980 qui lui vaut sept années de réclusion.

À sa sortie de prison en 1985, il tente pourtant de prendre un autre chemin. Il travaille, devient restaurateur et fonde une famille. Il est père de trois enfants. Cette période ne met cependant pas définitivement fin à ses activités criminelles et il revient progressivement dans le milieu des braqueurs spécialisés dans les établissements de luxe.

Son surnom de « braqueur au borsalino » fait référence au chapeau qu’il porte lors de certaines opérations. Au fil des années, il est condamné à plusieurs reprises pour des attaques visant des bijouteries. Il écope notamment de huit ans de prison en 2011, puis fait encore l’objet d’une condamnation en 2019.

Son nom apparaît également dans le dossier du spectaculaire braquage de la maison Chopard, commis en 2016 place Vendôme. Le butin de cette attaque était estimé à environ 6 millions d’euros. Pour ces faits, Bendjaber a été condamné à douze ans de réclusion en septembre 2023.

Après avoir quitté la prison en octobre 2021, il aurait évoqué l’idée de réaliser un « dernier coup ». Deux ans plus tard, son nom apparaît effectivement dans l’enquête sur le braquage de Piaget. Son parcours judiciaire représente désormais plus de 22 années passées derrière les barreaux.

En attendant son procès, Aïssa Bendjaber reste en détention. Il a récemment demandé sa remise en liberté lors d’une audience devant la chambre de l’instruction de Paris. Cette demande a été rejetée.

Le procès du 9 novembre prochain devra notamment permettre de déterminer les responsabilités de chacun des protagonistes dans l’attaque de la bijouterie. Mais au-delà des faits eux-mêmes, une autre interrogation devrait continuer de planer sur cette affaire : celle du devenir des 32 bijoux de haute joaillerie, dont la valeur dépasse les 2 millions d’euros et qui, malgré plusieurs années d’enquête, n’ont toujours pas été retrouvés.