Les banques algériennes enregistrent une forte affluence depuis l’annonce des nouvelles modalités de versement de l’allocation touristique de 750 euros. De nombreux citoyens se rendent dans les agences bancaires pour s’informer sur les conditions d’obtention d’une carte de paiement internationale, devenue indispensable pour bénéficier de ce droit de change destiné aux voyageurs.
Cette mobilisation intervient après les instructions du président de la République, Abdelmadjid Tebboune, qui a décidé que l’allocation touristique serait désormais versée exclusivement sur une carte bancaire internationale. Cette mesure vise à renforcer la transparence dans l’utilisation des devises et à lutter contre les abus constatés ces derniers mois.
Selon des sources bancaires citées par le quotidien Echorouk, les agences ont été particulièrement sollicitées dès lundi matin. La plupart des demandes concernent les démarches à suivre pour obtenir une carte Visa ou Mastercard, les documents à fournir, les délais de délivrance ainsi que les conditions d’ouverture d’un compte en devises.
Plusieurs établissements publics et privés proposent déjà ce type de cartes, notamment la Banque nationale d’Algérie (BNA), le Crédit populaire d’Algérie (CPA), la Banque extérieure d’Algérie (BEA), la Banque de développement local (BDL), mais aussi des banques privées comme Al Salam Bank Algeria, Al Baraka Bank Algeria ou encore Gulf Bank Algeria. Les offres varient selon les établissements, tout comme les frais et les services associés.
Pour obtenir une carte de paiement internationale, les clients doivent généralement ouvrir un compte courant en dinars ainsi qu’un compte en devises au sein de la même banque. Un dossier administratif est également exigé, comprenant notamment une copie de la carte nationale d’identité biométrique, un certificat de résidence, un formulaire de demande dûment rempli ainsi que le paiement des frais de délivrance et de cotisation annuelle. Certaines banques peuvent également demander des justificatifs supplémentaires, comme une attestation de salaire ou un registre de commerce selon le profil du client.
Les conditions financières diffèrent également d’une banque à l’autre. Certains établissements imposent un solde minimum sur le compte en devises ou le compte en dinars, tandis que d’autres appliquent des critères plus souples, notamment pour leurs clients réguliers.
Ces cartes internationales permettent d’effectuer des paiements chez les commerçants à l’étranger, de retirer des espèces dans les distributeurs automatiques, de réserver des hôtels, d’acheter des billets d’avion ou encore de réaliser des achats sur des plateformes de commerce en ligne. Les nouvelles dispositions prévoient également une durée de validité minimale de trois ans pour ces cartes.
Concernant les délais de délivrance, les banques indiquent que la procédure nécessite généralement entre deux semaines et un mois une fois le dossier complet. Toutefois, en raison de l’augmentation importante des demandes, certaines agences évoquent désormais des délais pouvant atteindre deux mois.
À l’inverse, plusieurs banques disposant déjà d’un stock suffisant de cartes internationales assurent pouvoir les remettre à leurs clients en seulement 48 heures après validation du dossier et activation de la carte. D’autres établissements doivent encore attendre la réception de nouvelles cartes, ce qui explique des délais plus longs.
Les professionnels du secteur estiment que cette réforme entraînera une augmentation significative de l’ouverture de comptes en devises et favorisera le développement des moyens de paiement électroniques en Algérie. Elle s’inscrit dans la stratégie des autorités visant à moderniser le système bancaire, réduire la circulation des espèces et renforcer la traçabilité des opérations de change.
Interrogé par Echorouk, l’expert en économie et en finance Slimane Nasser estime que cette décision constitue une évolution attendue. Selon lui, le versement de l’allocation touristique via une carte bancaire permettra de limiter les détournements observés ces derniers mois, lorsque certains voyageurs revendaient tout ou partie de leurs devises sur le marché parallèle au lieu de les utiliser durant leur séjour à l’étranger.
L’économiste rappelle qu’une famille de cinq personnes pouvait ainsi bénéficier de près de 3 750 euros, une somme parfois revendue à des fins spéculatives. Pour lui, le recours à la carte bancaire permettra de mieux contrôler l’utilisation de cette allocation et de préserver les réserves nationales en devises.
Slimane Nasser souligne également que cette mesure améliorera l’image du voyageur algérien à l’étranger. Dans la plupart des pays, les paiements électroniques sont aujourd’hui largement privilégiés, tandis que transporter d’importantes sommes en espèces est devenu moins courant et présente davantage de risques.
Enfin, il estime que cette réforme offrira davantage de confort aux voyageurs. Grâce à leur carte internationale, ils pourront régler leurs dépenses directement chez les commerçants, réserver leurs hébergements, acheter leurs billets de transport, effectuer des achats sur Internet ou encore retirer de l’argent si nécessaire, tout en bénéficiant d’un moyen de paiement plus sûr et conforme aux pratiques en vigueur à l’échelle internationale.