Il y a des faits divers qui font sourire, et celui-là mérite qu’on s’y attarde un instant — non pas parce qu’il est anodin, mais parce qu’il dit quelque chose de savoureux sur la rencontre improbable entre la délinquance ordinaire et l’imagination débordante de certains de ses acteurs. À Annaba, le 20 mai 2026, un voleur de câbles en cuivre a choisi de se camoufler sous un masque intégral à l’effigie de Mickey Mouse pour mener à bien son larcin matinal. On connaissait les cagoules, les masques de La Casa de Papel, les bonnets enfoncés jusqu’aux yeux. Annaba vient d’ouvrir une nouvelle page dans les annales de la délinquance déguisée, version parc d’attractions.
Le plan était, il faut le reconnaître, d’une certaine logique — du moins sur le papier. Les caméras de vidéosurveillance sont partout, les visages se reconnaissent, les traits s’identifient. Alors pourquoi ne pas couvrir tout cela d’un sourire éternel et d’oreilles rondes ? Le problème, c’est que la discrétion n’est pas vraiment le point fort d’un homme masqué en Mickey Mouse en train de découper des câbles téléphoniques aux premières heures du matin dans une rue d’Annaba.
C’est précisément ce qui a conduit à son arrestation. Le système de vidéosurveillance de la sûreté de wilaya l’a repéré en flagrant délit de vol de câbles téléphoniques fixes, dans le secteur relevant de la 3ème sûreté urbaine. Les éléments de police se sont immédiatement rendus sur place et ont interpellé le suspect, masque sur le visage et butin en main. La saisie du jour : 65 mètres de câbles en cuivre volés, et bien sûr, le fameux masque, pièce à conviction désormais immortalisée dans un procès-verbal de police.
L’anecdote prêterait à rire si elle ne renvoyait pas à un phénomène réel et coûteux. Le vol de câbles en cuivre est un fléau qui sévit dans de nombreuses wilayas algériennes, causant des pannes téléphoniques, des coupures d’éclairage public, des perturbations dans les réseaux de communication, et des dépenses considérables pour les entreprises publiques chargées de les réparer et de les remplacer. Chaque mètre de câble arraché, c’est un quartier qui perd un service, une administration qui dysfonctionne, des citoyens pénalisés. Le cuivre se revend, certes, mais à quel prix pour la collectivité.
Le mis en cause devra répondre devant le procureur de la République près le tribunal d’Annaba de deux chefs d’accusation : vol de biens publics sur la voie publique avec la circonstance aggravante de nuit, et destruction volontaire de biens publics en état de flagrant délit. Des qualifications sérieuses, qui reflètent la gravité réelle des faits au-delà du côté cocasse du déguisement.
Ce qui retient l’attention dans cette affaire, c’est aussi l’efficacité du dispositif de surveillance qui a permis l’interpellation rapide. La réactivité des forces de l’ordre d’Annaba, dès la détection de l’individu par les caméras, illustre ce que peut produire une vidéosurveillance bien utilisée : non pas un outil de contrôle généralisé, mais un instrument concret au service de la sécurité des biens publics et de la rapidité d’intervention.
Mickey Mouse, lui, sortira de cette histoire avec sa réputation intacte. On ne peut pas en dire autant de son éphémère fan d’Annaba.