L’Ouzbékistan exempte de visa ces Algériens

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Il y a des accords diplomatiques qui font peu de bruit dans la presse généraliste mais qui, pour ceux qui suivent les relations internationales, signalent des changements stratégiques significatifs. L’accord d’exemption de visa signé entre l’Algérie et l’Ouzbékistan le 11 juin 2026, lors de la visite officielle du ministre ouzbek des Affaires étrangères Bakhtiyor Saidov à Alger, en est un exemple. À première vue, c’est une mesure administrative technique concernant les passeports diplomatiques. En réalité, c’est le symbole d’une réorientation géopolitique — celle d’une Algérie qui cherche à élargir ses horizons au-delà de ses partenaires traditionnels et qui regarde vers l’Asie centrale avec un intérêt croissant.

Avant de parler de ce que cet accord signifie, il est crucial de clarifier exactement ce qu’il couvre et ce qu’il n’inclut pas. L’exemption de visa concerne uniquement les détenteurs de passeports diplomatiques algériens et ouzbeks. En d’autres termes, les diplomates, les hauts fonctionnaires et les représentants gouvernementaux pourront se déplacer entre Alger et Tachkent sans avoir à obtenir un visa au préalable. C’est une facilité administrative importante pour ceux qui conduisent les affaires d’État. Mais pour le citoyen algérien ordinaire, pour l’étudiant qui rêve d’étudier en Ouzbékistan, pour l’homme d’affaires qui envisage d’exporter ses produits, rien ne change immédiatement. Les voyageurs munis d’un passeport ordinaire restent soumis aux procédures habituelles d’entrée en Ouzbékistan. Ils auront toujours besoin d’un visa, avec tous les délais et les coûts que cela implique.

Cette distinction est importante car elle révèle quelque chose sur la nature de cet accord. Ce n’est pas un accord de circulation libre des personnes — ces accords-là sont généralement plus larges et couvrent l’ensemble de la population. C’est un accord destiné à faciliter les contacts officiels et gouvernementaux entre deux États. Son objectif est de rendre plus facile la diplomatie, les négociations, les réunions au sommet, les visites officielles. C’est, en quelque sorte, l’équivalent diplomatique d’une allée express réservée aux véhicules officiels.

Mais ce que cet accord représente vraiment, c’est une intention. Une intention de rapprochement, une volonté de transformer ce qui était jusqu’ici une relation lointaine et peu développée en un partenariat plus substantif. Et c’est là que réside son importance véritable.

Alger et Tachkent ont aussi profité de cette visite pour poser les fondations d’une coopération beaucoup plus large. Ahmed Attaf, ministre d’État algérien des Affaires étrangères, et son homologue ouzbek Bakhtiyor Saidov ont convenu de mettre en place plusieurs mécanismes institutionnels destinés à approfondir les relations. Il s’agit notamment de la création d’une commission mixte — un organe de dialogue régulier entre les deux gouvernements — et d’un conseil d’affaires, qui réunira les acteurs économiques des deux pays. Ces structures ne sont pas des gadgets diplomatiques. Ce sont des outils concrets destinés à créer une architecture de coopération durable.

Sur le plan des secteurs de coopération prioritaires, les deux pays ont identifié plusieurs domaines stratégiques : les mines, l’énergie, l’agriculture, le commerce et la culture. Le choix de ces secteurs n’est pas fortuit. Les mines et l’énergie reflètent les intérêts traditionnels de l’Algérie — un pays qui dépend largement de l’exportation de pétrole et de gaz naturel mais qui cherche à diversifier ses sources de revenus. L’Ouzbékistan dispose de ressources minérales importantes, notamment de l’or et d’autres minerais précieux, ce qui pourrait intéresser les entreprises algériennes. L’énergie est un secteur d’intérêt mutuel : l’Ouzbékistan produit du gaz naturel et est un acteur important dans l’énergie en Asie centrale, tandis que l’Algérie cherche à apprendre de nouvelles technologies énergétiques, y compris les énergies renouvelables.

L’agriculture, secteur souvent négligé dans les relations commerciales mais crucial pour la sécurité alimentaire, est un domaine où les deux pays pourraient bénéficier d’une coopération. L’Ouzbékistan a développé une expertise dans l’agriculture en région semi-aride et dans les zones irrigables — une expérience qui pourrait être pertinente pour l’Algérie, un pays confronté à des défis climatiques similaires. Le commerce, bien sûr, est le ciment de toute relation économique. Et la culture, souvent oubliée dans les accords commerciaux, est pourtant un vecteur important de compréhension mutuelle et de construction de relations durables.

Ce rapprochement entre l’Algérie et l’Ouzbékistan fait partie d’une stratégie plus large. L’Algérie, pendant décennies, a principalement axé ses partenariats sur l’Europe (en particulier la France), l’Afrique subsaharienne et le monde arabe. C’est une géographie commerciale et diplomatique qui a ses avantages et ses limites. En ouvrant ses horizons vers l’Asie centrale, l’Algérie diversifie ses partenaires, réduit sa dépendance à l’égard des acteurs traditionnels et accède à des marchés et des ressources qu’elle n’avait pas vraiment exploités auparavant.

L’Ouzbékistan, de son côté, bénéficie aussi de ce rapprochement. Avec plus de 35 millions d’habitants, c’est le pays le plus peuplé d’Asie centrale. Il s’efforce d’élargir son réseau diplomatique et économique, particulièrement auprès de partenaires du sud et du sud-ouest. Une relation renforcée avec l’Algérie — un pays stratégiquement situé entre l’Afrique, l’Europe et le monde arabe — pourrait donner à l’Ouzbékistan un accès à des marchés et des réseaux qu’il aurait autrement du mal à atteindre.

Au-delà de la diplomatie économique, les deux pays ont aussi signé un mémorandum d’entente concernant la formation diplomatique. L’Institut diplomatique et des relations internationales d’Alger collaborera avec l’Université de l’économie mondiale et de la diplomatie d’Ouzbékistan. Ce type d’accord, souvent moins visible que les accords commerciaux, est crucial pour construire une base de compréhension mutuelle. Il permettra des échanges d’expertise, des programmes de formation conjointe, des stages pour les diplomates des deux pays, et une meilleure connaissance mutuelle des positions et des intérêts de chacun. C’est investir dans les générations futures de diplomates et de décideurs qui porteront cette relation.

Le fait que le président Abdelmadjid Tebboune ait reçu personnellement le ministre ouzbek montre l’importance que l’Algérie attache à ce rapprochement. C’est un signal fort, envoyé à la fois à l’Ouzbékistan et à la communauté internationale, que cette relation est prise au sérieux au plus haut niveau de l’État algérien.

À court terme, pour le citoyen algérien moyen, peu de choses changeront. Les dmarches pour obtenir un visa pour l’Ouzbékistan resteront les mêmes. Les tarifs des vols restront probablement inchangés. Mais à long terme, si ces accords fonctionnent comme prévu, on pourrait voir émerger de nouvelles opportunités commerciales, des projets d’investissement conjoints, une circulation accrue de biens et de services entre les deux pays. Des étudiants algériens pourraient étudier à Tachkent, des experts ouzbeks pourraient venir former des professionnels algériens, des entreprises des deux pays pourraient explorer des partenariats.

Cet accord de visa diplomatique n’est donc que le début. C’est une clé qui ouvre une porte. Qu’il en sorte un partenariat substantiel et durable dépendra maintenant de la volonté politique, de la qualité de l’exécution, et de la capacité des deux pays à transformer les intentions en réalités commerciales et culturelles.