L’Algérie perd l’une des figures de sa génération d’anciens combattants qui ont poursuivi leur engagement au sein de l’État après l’indépendance. Mohand Tahar Bouzghoub, moudjahid, ancien colonel de l’armée de l’air et ex-ministre des Industries légères, est décédé à l’âge de 89 ans à l’hôpital militaire d’Aïn Naâdja, à Alger, des suites d’un accident vasculaire cérébral (AVC).
Le groupe Air Algérie a annoncé son décès, rendant hommage à celui qui avait dirigé la compagnie aérienne nationale au début des années 1980. Dans son message de condoléances, l’entreprise publique a fait part de sa « profonde tristesse et une grande affliction » à l’annonce de la disparition de son ancien dirigeant.
Les obsèques de Mohand Tahar Bouzghoub ont été faites au cimetière de Garidi, à Kouba. À cette occasion, le PDG du groupe Air Algérie, Hamza Benhamouda, ainsi que les cadres et les employés de l’entreprise ont adressé leurs condoléances à la famille du défunt, en lui exprimant leurs sentiments de compassion.
Né le 2 février 1937 à El Maïn, dans la région de Djaafra, dans la wilaya de Bordj Bou Arréridj, Mohand Tahar Bouzghoub a connu un parcours marqué par la guerre de Libération nationale, la construction de l’aviation militaire algérienne, la direction de grandes entreprises publiques et une expérience au sein du gouvernement.
Son engagement remonte à 1956. Alors qu’il poursuivait ses études à l’université de la Zitouna, en Tunisie, il rejoint l’Armée de libération nationale (ALN). Affecté à la Wilaya I historique, il exerce notamment des fonctions de secrétaire auprès de deux responsables de la Révolution, Abbas Laghrour et Adjoul Adjoul, qui trouveront la mort au combat.
Son itinéraire le conduit ensuite à Tunis, où il prend part à des rencontres organisées par le Comité exécutif élargi dans le cadre de la réorganisation de la wilaya des Aurès-Nememcha. Mais son parcours au sein de la lutte de libération prend une nouvelle dimension lorsqu’il est sélectionné pour suivre une formation militaire spécialisée dans l’aviation.
En 1957, Mohand Tahar Bouzghoub fait partie de la première promotion d’élèves officiers de l’ALN envoyés au Moyen-Orient pour se former. Il rejoint l’École d’aviation militaire d’Alep, en Syrie, aux côtés notamment de Lounes Boudaoud, Yahia Rahal, Rabah Chellah, Ismail Ouyahia et Mustapha Doubai. Cette formation à l’étranger prépare de futurs cadres appelés à jouer un rôle dans le développement des forces aériennes algériennes.
Deux ans plus tard, il poursuit sa spécialisation en Chine, au sein d’une promotion encadrée par Saïd Aït Messaoudène, considéré comme le fondateur des Forces aériennes algériennes. À l’École de l’air de Wuhan, il apprend à piloter les avions de chasse MiG-15 et MiG-17. Sa formation se poursuit ensuite en Kirghizie, alors intégrée à l’Union soviétique, où il se spécialise sur le MiG-19.
À l’indépendance, les compétences acquises par cette génération d’officiers à l’étranger constituent un apport important pour une institution militaire appelée à développer ses propres capacités et à former ses cadres. Mohand Tahar Bouzghoub prend par la suite le commandement de plusieurs bases aériennes, notamment à Aïn Ouessera, Ouargla et Aïn El Beïda.
Son parcours militaire s’inscrit également dans plusieurs épisodes régionaux. En 1963, il participe à la guerre des Sables opposant l’Algérie au Maroc. Une décennie plus tard, en octobre 1973, il prend part à la guerre israélo-arabe au sein de l’armée de l’air algérienne, dans le contexte du soutien apporté par Alger aux pays arabes engagés dans le conflit.
Dans les années 1980, ses responsabilités évoluent et dépassent le cadre militaire. Mohand Tahar Bouzghoub est nommé à la tête d’Air Algérie, fonction qu’il occupe de janvier 1980 à novembre 1981. Son passage à la direction générale intervient à une période où la compagnie nationale poursuit son développement au service du transport aérien algérien.
Après Air Algérie, il prend la direction de la Société nationale des tabacs et allumettes (SNTA). Ces responsabilités le placent à la tête de deux entreprises publiques aux activités différentes, avant son entrée au gouvernement. Son expérience dans la gestion des entreprises publiques ouvre ainsi la voie à une nouvelle étape de sa carrière.
Mohand Tahar Bouzghoub est nommé ministre des Industries légères dans le gouvernement de Kasdi Merbah, sous la présidence de Chadli Bendjedid. Il exerce cette fonction du 9 novembre 1988 au 9 septembre 1989, pendant une période marquée par des changements politiques et économiques importants en Algérie.
Cette nomination s’inscrit dans la continuité de son parcours et rappelle également celui de Saïd Aït Messaoudène, son mentor, qui avait lui aussi dirigé Air Algérie avant d’occuper le portefeuille des Industries légères.
Après ses années au sein de l’institution militaire, ses responsabilités à la tête d’entreprises publiques et son passage au gouvernement, Mohand Tahar Bouzghoub a consacré une partie de son parcours au témoignage. En 2024, il publie ses mémoires en arabe et en français sous le titre Des sentiers aux cieux de la liberté. Cet ouvrage revient sur son itinéraire, depuis son engagement dans la guerre de Libération nationale jusqu’à son expérience dans l’aviation militaire algérienne.
Dans son message, Air Algérie a également salué son engagement dans la défense des institutions de la République. Le groupe a conclu son hommage en priant Dieu d’accorder au défunt « Sa vaste miséricorde et Son pardon », tout en souhaitant patience et réconfort à ses proches.
Avec la disparition de Mohand Tahar Bouzghoub, l’Algérie perd un ancien combattant dont la trajectoire a traversé plusieurs étapes de son histoire contemporaine, de la lutte pour l’indépendance à la construction des forces aériennes nationales, en passant par la direction d’entreprises publiques et les responsabilités gouvernementales.