Pourquoi la France peine-t-elle à développer ses relations avec l’Algérie alors que plusieurs de ses partenaires européens continuent d’y rechercher des débouchés économiques et énergétiques ? C’est la question soulevée par Ségolène Royal après son déplacement en Algérie, où elle a participé à une rencontre consacrée à l’art rupestre à Djanet. De retour en France, la présidente de l’Association France-Algérie a critiqué la stratégie de Paris et estimé que les tensions entre les deux pays risquaient de faire perdre des occasions aux entreprises françaises.
Invitée sur LCI mardi 27 octobre, l’ancienne candidate à l’élection présidentielle de 2007 a notamment comparé l’approche française à celle de l’Allemagne, de l’Italie et de l’Espagne. Selon elle, ces pays poursuivent leurs démarches en Algérie pour développer leurs relations commerciales, notamment dans les secteurs des hydrocarbures et de l’industrie. Elle a résumé sa critique par une formule particulièrement directe : « Tout le monde s’entend avec l’Algérie sauf la France ».
Pour Ségolène Royal, les relations économiques avec Alger devraient davantage être envisagées à travers les intérêts de long terme de la France. Elle considère que les désaccords politiques ne devraient pas empêcher Paris de rechercher des partenariats dans des domaines où l’Algérie possède des atouts importants, notamment l’énergie. Cette position intervient alors que la question de l’approvisionnement en hydrocarbures demeure stratégique pour les économies européennes et que les pays du continent cherchent à consolider leurs relations avec différents fournisseurs.
Les choix énergétiques français au centre des critiques
L’ancienne ministre a notamment fait référence au déplacement d’Emmanuel Macron dans les pays du Golfe, entrepris pour renforcer les relations avec les partenaires de cette région, y compris dans le domaine énergétique. Elle estime que l’Algérie aurait également dû être davantage considérée dans cette démarche. « Monsieur Macron vient de faire une tournée dans le Golfe pour obtenir des hydrocarbures, il serait plus intelligent d’aller les chercher en Algérie », a-t-elle déclaré.
Cette remarque met en avant un enjeu concret des relations franco-algériennes : la capacité des deux pays à maintenir une coopération économique malgré les différends politiques. L’Algérie entretient des échanges énergétiques avec plusieurs partenaires européens et représente un interlocuteur important dans le paysage gazier méditerranéen. Pour Ségolène Royal, Paris devrait tenir compte de cette réalité dans ses choix diplomatiques et économiques.
Son argumentation ne porte toutefois pas uniquement sur le pétrole et le gaz. Elle concerne également la présence industrielle française en Algérie, un domaine où les évolutions récentes nourrissent ses interrogations sur la politique suivie par les autorités françaises. À ses yeux, la comparaison avec les initiatives d’autres groupes européens mérite d’être examinée pour mesurer les conséquences économiques de la situation actuelle.
Renault et Opel, deux exemples de la présence industrielle
Ségolène Royal a ainsi évoqué l’usine Renault en Algérie, dont les activités sont à l’arrêt selon les informations qu’elle a citées, en la comparant au projet annoncé par Opel, marque du groupe Stellantis, de construire une usine dans le pays. Elle s’est interrogée sur les choix qui ont conduit à cette situation, en soulignant le contraste entre les difficultés d’un projet français et les perspectives d’investissement d’un constructeur allemand.
« Est-ce que c’est malin ? », a-t-elle demandé au sujet de cette différence. La formule résume sa critique d’une politique qu’elle juge insuffisamment attentive aux possibilités de coopération avec Alger. Les exemples industriels qu’elle a avancés s’inscrivent dans une réflexion plus large sur la place des entreprises françaises sur le marché algérien et sur leur capacité à y développer leurs activités face à la concurrence étrangère.
Ces déclarations constituent le point de vue de Ségolène Royal sur les relations économiques entre les deux pays. Elles ne suffisent pas, à elles seules, à établir les causes de l’arrêt des activités de Renault ou à expliquer les modalités du projet d’Opel. Elles traduisent néanmoins son inquiétude quant aux occasions commerciales que les entreprises françaises pourraient manquer dans un contexte de tensions diplomatiques persistantes.
Le dossier Christophe Gleizes évoqué après son déplacement en Algérie
Au cours de la même intervention télévisée, Ségolène Royal a également parlé de Christophe Gleizes, journaliste français condamné en Algérie à sept ans de prison et détenu depuis juin 2025. Elle a expliqué l’avoir rencontré lors de ses déplacements dans le pays et a donné quelques indications sur son état d’esprit, tout en reconnaissant que la durée de sa détention pesait sur la situation.
« J’ai rencontré Christophe Gleizes. À chaque fois que je vais en Algérie, je le rencontre. Il va bien parce qu’il a le moral, mais c’est long », a-t-elle déclaré. Interrogée sur une éventuelle libération prochaine du journaliste, elle n’a pas avancé de calendrier et a simplement indiqué qu’il fallait l’espérer. Elle a également affirmé que Christophe Gleizes « ne contestait pas le régime algérien ».
Cette partie de son intervention aborde un sujet distinct des échanges économiques, mais qui reste au cœur des relations entre Paris et Alger. La situation du journaliste a été évoquée dans un contexte diplomatique marqué par des désaccords persistants et par des tentatives de reprise du dialogue entre les deux pays. Ségolène Royal n’a toutefois annoncé aucune avancée concrète concernant une éventuelle libération.
Un appel à revoir l’approche française envers Alger
La prise de parole de Ségolène Royal intervient après une période de fortes tensions entre la France et l’Algérie. Malgré des démarches visant à rétablir le dialogue, les relations bilatérales restent confrontées à plusieurs dossiers sensibles. Pour l’ancienne candidate à la présidentielle, cette situation devrait inciter les autorités françaises à réévaluer leur approche, en particulier lorsque les intérêts économiques et énergétiques sont en jeu.
Son intervention met ainsi l’accent sur la différence entre les difficultés politiques rencontrées par Paris et les démarches commerciales poursuivies par d’autres pays européens. En citant les hydrocarbures, Renault et le projet d’Opel, elle défend l’idée que la France doit mieux prendre en compte les opportunités de coopération avec l’Algérie. Sa formule sur les pays qui « s’entendent » avec Alger résume cette critique, sans pour autant effacer les différends qui continuent de structurer la relation entre les deux États.