Accord avec l’Union européenne : pourquoi l’Algérie veut revoir les règles du partenariat

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L’Algérie entend redéfinir les conditions de ses échanges commerciaux avec l’Union européenne. Alors que le pays cherche à diversifier ses exportations et à renforcer son industrie, les obstacles rencontrés par certains produits algériens sur le marché européen alimentent les demandes de révision de l’accord de partenariat entre les deux parties. L’objectif affiché par Alger est de rééquilibrer les échanges et de défendre les intérêts de la production nationale, sans remettre en cause le principe même de la coopération économique avec l’Europe.

Les récentes déclarations du Premier ministre tchèque Andrej Babiš sur les restrictions européennes touchant certaines exportations algériennes ont remis cette question au centre du débat. Elles interviennent à un moment où l’Algérie cherche à réduire sa dépendance aux hydrocarbures en développant d’autres secteurs capables de générer des recettes à l’exportation. Le fer, l’acier, les matériaux de construction et les produits agricoles figurent notamment parmi les domaines dans lesquels le pays souhaite accroître la présence de ses entreprises à l’étranger.

Cette ambition se heurte toutefois à plusieurs contraintes. L’accès au marché européen dépend non seulement des capacités de production des entreprises algériennes, mais aussi des droits de douane, des quotas commerciaux et des règles imposées aux marchandises importées. À ces exigences s’ajoutent les normes environnementales européennes, dont certaines pourraient peser sur la compétitivité de secteurs industriels que l’Algérie souhaite justement développer.

L’un des principaux sujets de préoccupation concerne le mécanisme européen d’ajustement carbone aux frontières, connu sous le sigle CBAM. Ce dispositif vise plusieurs activités et produits fortement émetteurs de gaz à effet de serre, notamment le fer et l’acier, les engrais, le ciment, l’aluminium, l’électricité et l’hydrogène. Or, ces secteurs occupent une place importante dans les ambitions industrielles algériennes. Le respect des nouvelles exigences environnementales représente donc un enjeu supplémentaire pour les entreprises nationales qui souhaitent exporter vers l’Union européenne.

Pour Alger, la question ne se limite pas à la suppression des obstacles rencontrés par ses exportateurs. Les autorités défendent également le droit de réglementer les importations en fonction des besoins du marché intérieur et de protéger la production locale. Cette position traduit une volonté de rééquilibrer une relation commerciale dans laquelle l’Algérie souhaite mieux valoriser ses capacités productives, tout en conservant une marge de manœuvre dans la conduite de sa politique économique.

Les désaccords entre les deux parties se sont notamment manifestés en juillet 2025. À cette période, le ministère algérien des Affaires étrangères avait contesté la décision européenne d’engager une procédure d’arbitrage concernant des mesures considérées par l’Union européenne comme des restrictions au commerce et aux investissements. Alger avait dénoncé la clôture jugée précipitée des consultations et appelé à activer le Conseil d’association afin de traiter les différends dans un cadre de dialogue.

Un accord de 2005 à adapter aux nouvelles ambitions algériennes

Entré en vigueur en 2005, l’accord de partenariat entre l’Algérie et l’Union européenne a été conclu dans un contexte économique différent de celui d’aujourd’hui. Depuis, les priorités algériennes ont évolué, avec une volonté plus affirmée de développer les activités industrielles, de renforcer la production nationale et de diversifier les exportations. Les autorités estiment ainsi qu’une réévaluation des dispositions de l’accord est nécessaire pour tenir compte de ces changements.

Le président Abdelmadjid Tebboune a lui-même appelé à une révision du partenariat et demandé que ses dispositions soient réexaminées une à une. La démarche doit, selon les orientations annoncées, préserver les intérêts du produit national tout en tenant compte de ceux des deux parties. Alger met en avant le principe du « gagnant-gagnant », avec l’objectif d’améliorer les débouchés des entreprises algériennes, de consolider le tissu industriel et de favoriser la création d’emplois.

Cette volonté de révision ne signifie pas que l’Algérie souhaite rompre ses relations économiques avec l’Union européenne. Il s’agit plutôt de revoir les conditions de la coopération pour mieux les adapter aux transformations de l’économie nationale. La réussite de cette démarche dépendra notamment de la capacité des deux parties à trouver des compromis sur les différends commerciaux et à faciliter les investissements dans les secteurs présentant un intérêt commun.

Le gaz, un levier important dans les discussions

Malgré les tensions commerciales, l’énergie reste un pilier des relations entre l’Algérie et l’Europe. Le gaz algérien contribue à l’approvisionnement des marchés européens, tandis que plusieurs pays cherchent à diversifier et à sécuriser leurs sources d’énergie. Andrej Babiš a évoqué la possibilité de renforcer cette coopération, notamment en examinant une éventuelle augmentation des livraisons de gaz algérien en coordination avec Sonatrach.

Pour l’Algérie, l’enjeu consiste à transformer ses capacités de production et ses relations énergétiques en retombées économiques plus larges. Le développement des échanges industriels, l’amélioration de l’accès aux marchés et l’encouragement des investissements figurent parmi les pistes permettant de dépasser une coopération principalement concentrée sur les hydrocarbures.

La révision de l’accord de partenariat apparaît ainsi comme un dossier stratégique pour les autorités algériennes. Elle doit permettre de traiter les déséquilibres commerciaux identifiés par Alger, tout en ouvrant davantage de perspectives aux exportateurs nationaux. Mais cette ambition nécessitera aussi des efforts du côté des entreprises algériennes, notamment pour améliorer leur compétitivité et répondre aux normes exigées sur les marchés européens. L’enjeu sera de concilier coopération énergétique, développement industriel et échanges commerciaux plus équilibrés, conformément au principe du « gagnant-gagnant » défendu par l’Algérie.