Les expulsions de ressortissants algériens depuis la France ont récemment repris après plusieurs mois de blocage, marquant un tournant discret mais significatif dans la gestion des relations migratoires entre les deux pays. Selon plusieurs sources, les autorités algériennes ont délivré ces dernières semaines plusieurs dizaines de laissez-passer consulaires, des documents indispensables pour permettre le renvoi de leurs ressortissants en situation irrégulière sur le territoire français.
Pendant près d’un an, ce mécanisme était quasiment à l’arrêt. Depuis le printemps 2025, les expulsions vers l’Algérie avaient été fortement limitées, voire suspendues dans certains cas, en raison de tensions diplomatiques entre Paris et Alger. L’absence de délivrance de laissez-passer consulaires constituait alors un obstacle majeur, empêchant concrètement les autorités françaises de procéder aux reconduites à la frontière, même lorsque celles-ci étaient juridiquement validées par des décisions administratives.
Ce blocage s’inscrivait dans un contexte politique tendu, alimenté par des divergences sur plusieurs dossiers sensibles, notamment la question migratoire et sécuritaire. Les expulsions étaient devenues un point de friction central entre les deux États, chaque partie adoptant une posture ferme. Du côté français, les autorités dénonçaient des difficultés à exécuter les obligations de quitter le territoire (OQTF), tandis que du côté algérien, la question de la souveraineté et du traitement réservé à ses ressortissants était mise en avant.
La situation a commencé à évoluer au début de l’année 2026, avec un changement de méthode du côté français. L’arrivée d’un nouveau responsable au ministère de l’Intérieur a permis de relancer le dialogue avec les autorités algériennes. Une approche plus discrète et diplomatique a été privilégiée, loin des déclarations publiques tendues qui avaient caractérisé la période précédente.
Dans ce cadre, des contacts ont été rétablis entre les deux pays, aboutissant notamment à une visite officielle en Algérie en février 2026. Cette rencontre a permis de renouer les échanges et de poser les bases d’une coopération progressive sur la question des expulsions. Depuis lors, Alger a accepté, selon France Info, de délivrer plusieurs laissez-passer consulaires, ouvrant la voie à une reprise, même limitée, des reconduites.
Un exemple concret de cette reprise a été observé le 23 avril 2026, avec l’expulsion de sept ressortissants algériens depuis la France. Selon les informations disponibles, ces personnes étaient considérées comme prioritaires, notamment en raison de condamnations pour des faits jugés graves ou de profils présentant un risque particulier. Cette priorité accordée à certains dossiers illustre la volonté des autorités françaises de cibler en premier lieu les cas les plus sensibles.
Du côté du ministère de l’Intérieur français, cette évolution est accueillie avec prudence. Si la reprise des expulsions est perçue comme un signal positif, elle reste encore limitée et fragile. Les autorités évitent toute communication excessive sur le sujet, conscientes que la question demeure sensible dans les relations bilatérales. Chaque avancée est ainsi mesurée, dans un équilibre délicat entre fermeté et diplomatie.
Pour l’Algérie, la délivrance de ces laissez-passer s’inscrit également dans une logique maîtrisée. Il ne s’agit pas d’un retour à une coopération totale, mais plutôt d’une ouverture progressive, encadrée et sélective. Le pays conserve une marge de manœuvre importante dans la gestion de ces dossiers, notamment en décidant au cas par cas des situations à traiter.
Cette reprise des expulsions intervient dans un contexte global marqué par une pression migratoire accrue et des attentes politiques fortes en France sur la gestion des flux migratoires. Elle pourrait, à terme, contribuer à apaiser les tensions entre les deux pays, à condition que le dialogue se maintienne et que les engagements soient respectés de part et d’autre.
Pour l’heure, la situation reste en phase de transition. La coopération reprend, mais à un rythme mesuré, loin d’un retour complet à la normale. Les prochaines semaines seront déterminantes pour observer si cette dynamique se confirme ou si de nouveaux obstacles viennent freiner ce fragile rapprochement entre Paris et Alger sur un dossier aussi sensible que stratégique.