Actualité politique – L’historien Benjamin Stora remet, ce mercredi 20 janvier, son rapport sur le dossier de mémoire et la guerre d’Algérie au président français Emmanuel Macron. À cette occasion, M.Stora s’est exprimé sur les grandes lignes que contient son travail.

Advertisement

Le président français, Emmanuel Macron, avait désigné Benjamin Stora en juillet 2020 pour « dresser un état des lieux  juste et précis du chemin accompli en France sur la mémoire de la colonisation et de la guerre d’Algérie ». La présidence française avait ainsi indiqué, en début de semaine, que l’historien avait formulé « plusieurs recommandations qui visent à parvenir à [une] nécessaire réconciliation des mémoires ». Dans ce sens, Benjamin Stora s’est exprimé sur les grandes lignes que contient son rapport.

Dans un entretien accordé ce mercredi au journal français Le Parisien, Benjamin Stora a notamment réaffirmé que son rapport sur la guerre d’Algérie et le dossier de mémoire n’avait pas pour objectif de réécrire l’histoire. « On ne pourra jamais écrire une Histoire commune entre l’Algérie et la France, les Français pro-Algérie française et les autres. Il y a bel et bien deux imaginaires différents, opposés même. Personne ne propose d’écrire une histoire commune. », a-t-il dit d’emblée. « Ma mission, c’est de jeter des ponts, non pas de fusionner des mémoires mais de les décloisonner, car les mémoires se sont communautarisées », a ajouté l’historien spécialiste de la guerre d’Algérie.

Guerre d’Algérie et dossier de mémoire : Benjamin Stora favorable à l’ouverture des archives

Par ailleurs, Benjamin Stora a également évoqué la question des archives, qui suscite toujours les tensions dans les relations entre l’Algérie et la France. « Il faut profiter de la révolution numérique pour mettre en commun ce patrimoine extraordinaire pour la connaissance ancienne de l’Algérie », a-t-il dit. À la question de savoir si l’ouverture des archives ne risque pas de créer de mauvaises surprises, l’historien répond par l’affirmative. « Bien sûr qu’il y en aura. La France a procédé à des bombardements au napalm que les militaires appelaient les « bidons spéciaux », à des poses de mines aux frontières », a-t-il expliqué, ajoutant qu’« Il y a aussi les conséquences des essais nucléaires, dont plusieurs à l’air libre, et enfin, les disparus français et algériens, les cimetières, voilà des vraies questions. ».

Concernant la question des archives, rappelons que Abdelmadjid Chikhi, qui est chargé d’accomplir le travail de mémoire du côté algérien, en a d’ailleurs récemment parlé. « L’Algérie réclame la totalité de ses archives, dont une grande partie se trouve en France, qui a toujours avancé de faux prétextes, comme par exemple la déclassification de nombre d’archives pourtant réunies depuis plusieurs décennies », avait-il dit le 21 décembre dernier.

La France va-t-elle présenter des excuses à l’Algérie

En outre, Benjamin Stora s’est également exprimé sur la question des excuses officielles, que l’Algérie réclame à la France depuis plusieurs années. Sur ce point, l’historien s’est montré évasif. « Pour ce qui concerne les excuses, il suffirait de lire les discours des chefs d’Etat, Sarkozy, Chirac, Hollande… Maintenant, il faut passer au pratique. », a-t-il brièvement répondu.

Notons, d’ailleurs, que la question des excuses officielles n’est pas encore à l’ordre du jour. Le président français Emmanuel Macron, qui avait qualifié la colonisation de « crime contre l’humanité » peu avant son élection en 2017, ne se montre pas favorable à cette option. Le chef de l’État français a ainsi déclaré, à plusieurs reprises, qu’il était pour une approche de la question mémorielle dans le cadre d’une politique de « ni déni, ni repentance ».

Lire également : Travail sur le dossier de mémoire : y a-t-il eu des avancées ?

Advertisement