La séance du Conseil de sécurité consacrée au Sahara occidental, vendredi 30 octobre 2026, a donné lieu à un nouvel échange particulièrement tendu entre les représentants de l’Algérie, à savoir Amar Bendjama, et celui du Maroc. Au centre de cette confrontation diplomatique : la comparaison entre les situations en Palestine et au Sahara occidental, mais aussi les accusations formulées par l’ambassadeur marocain Omar Hilale à l’encontre de l’Algérie.
Prenant la parole après l’intervention de son homologue algérien, le représentant permanent du Maroc auprès des Nations unies a directement interpellé Amar Bendjama. Omar Hilale lui a notamment reproché de défendre la cause palestinienne devant le Conseil de sécurité tout en affirmant que les manifestations de soutien à la Palestine étaient interdites en Algérie.
« Chez nous, au Maroc, il y a toujours des manifestations chaque semaine en faveur du peuple palestinien. Alors qu’en Algérie, ces manifestations sont interdites. Vous venez ici nous donner des leçons sur la Palestine et vous oubliez de permettre à votre peuple de s’exprimer », a déclaré le diplomate marocain.
Cette sortie a constitué l’un des passages les plus remarqués de son intervention. Omar Hilale cherchait ainsi à déplacer le débat vers la situation intérieure algérienne, en opposant les rassemblements organisés au Maroc aux restrictions qu’il attribue aux autorités algériennes. Mais cette comparaison a également remis sur la table une contradiction régulièrement soulevée dans les débats entre les deux pays : celle de la position marocaine vis-à-vis de la Palestine et de la normalisation des relations avec Israël.
En décembre 2020, le Maroc a annoncé la reprise de ses relations avec Israël dans le cadre d’un accord soutenu par les États-Unis. Cette décision a marqué une évolution majeure de la diplomatie marocaine et continue de susciter des critiques, notamment en raison de la situation des Palestiniens. L’Algérie, de son côté, n’a pas normalisé ses relations avec Israël et maintient publiquement son soutien à la cause palestinienne.
C’est dans ce contexte qu’une réaction ironique publiée par un internaute a particulièrement retenu l’attention sur les réseaux sociaux. « Les Algériens n’ont pas besoin de manifester, du moment qu’ils savent que leur gouvernement n’a pas normalisé », a-t-il écrit. Cette remarque, largement relayée dans les discussions autour de la séquence, résume une partie des réactions suscitées par les propos du représentant marocain.
L’échange ne s’est toutefois pas limité à la question palestinienne. Omar Hilale a également contesté la comparaison entre les deux territoires, qualifiant celle-ci de « honteuse ». Il a défendu la position marocaine sur le Sahara occidental et mis en avant les prétendues initiatives de son pays en matière d’aide humanitaire et de recherche d’une solution négociée.
Le diplomate marocain a par ailleurs évoqué la situation des réfugiés sahraouis dans les camps de Tindouf. Il a formulé plusieurs accusations concernant leur liberté de circulation et la gestion de l’aide humanitaire, tout en mettant en cause le rôle de l’Algérie et du Front Polisario. Ces affirmations correspondent à la position défendue par Rabat et restent contestées dans le cadre du conflit.
La réponse classe de Amar Bendjama
Face à cette intervention, Amar Bendjama a choisi de ne pas engager une nouvelle confrontation verbale. Invité à reprendre la parole après les déclarations de son homologue marocain, le représentant algérien a répondu : « Beaucoup de choses à dire, mais je m’abstiendrais par respect pour ce Conseil. »
Cette phrase, prononcée devant les membres du Conseil de sécurité, a rapidement attiré l’attention. Plutôt que de répondre point par point aux accusations d’Omar Hilale, le diplomate algérien a préféré mettre un terme à l’échange, en invoquant le respect de l’institution onusienne. La présidence a ensuite clos la séance.
Cette passe d’armes intervient dans un contexte diplomatique particulièrement sensible. Le Conseil de sécurité venait d’examiner deux projets concurrents concernant le renouvellement du mandat de la Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (MINURSO).
Le projet américain a été bloqué par le veto russe, malgré onze votes favorables. La Chine, le Pakistan et la Somalie se sont abstenus. Un projet concurrent présenté par la Russie a ensuite échoué à obtenir les neuf voix nécessaires à son adoption, après avoir recueilli seulement trois votes favorables. Les États-Unis ont voté contre et onze membres se sont abstenus.
Le Conseil de sécurité n’a donc adopté aucune des deux propositions. Cette situation laisse planer une incertitude sur la poursuite du mandat de la MINURSO, qui arrivait à échéance le 31 octobre 2026.
Au-delà du résultat des votes, les interventions d’Amar Bendjama et d’Omar Hilale ont illustré la profondeur des divergences entre Alger et Rabat sur le Sahara occidental. La confrontation a également montré comment la question palestinienne demeure un sujet central dans les échanges diplomatiques entre les deux pays, chacun cherchant à défendre sa position et à contester celle de son voisin.
La réponse finale d’Amar Bendjama, volontairement brève, a ainsi marqué la fin d’un échange où les arguments sur le Sahara occidental ont rapidement débordé sur la politique étrangère et les choix diplomatiques des deux États.
J’aime bien Ammar Benjamaa lorsqu’il s’exprime en français, qu’il maîtrise à la perfection.
Une belle illustration de notre butin de guerre : la langue française !Avec un calme imperturbable, il fait face aux inepties du représentant de l’occupation marocaine,
1. pic.twitter.com/OwvK0mZVlt— Farid Benamer-B (@faridbbf) October 30, 2026