L’industrie des lubrifiants en Algérie accueille un nouvel acteur avec l’entrée en activité de l’usine IK-OIL à Aïn M’lila, dans la wilaya d’Oum El-Bouaghi. Inauguré jeudi dernier par le ministre de l’Industrie, Farid Kourtel, le site ambitionne d’augmenter progressivement sa production et de contribuer à réduire la dépendance du marché national aux importations d’huiles pour moteurs.
Le projet représente un investissement industriel annoncé à plus d’un milliard de dinars. Selon les informations communiquées lors de l’inauguration, les travaux ont duré trois ans. L’entreprise prévoit de démarrer avec une capacité annuelle comprise entre 20 000 et 30 000 tonnes, avant de porter ce volume à 50 000 tonnes dans les deux prochaines années. À plus long terme, IK-OIL vise une production pouvant atteindre 100 000 tonnes par an.
Cette montée en puissance dépendra toutefois de plusieurs facteurs, notamment des possibilités d’extension du site. Le responsable de l’entreprise, Aissam Dilmi, a indiqué qu’une demande en ce sens était en attente depuis sept mois. L’industriel entend également renforcer ses effectifs pour accompagner le développement de ses activités. L’usine emploie actuellement 73 salariés, mais l’objectif annoncé est de porter ce nombre à 207 emplois directs, auxquels pourraient s’ajouter environ 400 emplois indirects.
Au-delà des volumes de production, IK-OIL met en avant le recours aux ressources industrielles disponibles en Algérie. D’après Aissam Dilmi, l’entreprise importe les additifs nécessaires à la fabrication de ses lubrifiants, tandis que les huiles minérales utilisées lui sont fournies par Sonatrach. Cette organisation permettrait à l’industriel d’atteindre un taux d’intégration locale de 83 %, selon les chiffres avancés par son dirigeant.
L’entreprise dispose également d’un laboratoire destiné à répondre aux différentes spécifications demandées par le marché, ainsi que de lignes de conditionnement. Les emballages métalliques sont fabriqués à partir de rouleaux fournis par Sider El-Hadjar, tandis que les contenants en plastique utilisent des granulats provenant de l’Entreprise nationale des plastiques et caoutchoucs (ENPC). Ces approvisionnements illustrent les liens que le fabricant souhaite développer avec d’autres opérateurs industriels nationaux.
La cérémonie d’inauguration a aussi été l’occasion de signer un protocole d’accord entre IK-OIL et Stellantis. Celui-ci porte sur la fourniture de lubrifiants au réseau Eurorepar, lié aux activités après-vente du groupe automobile. Cet accord ouvre une perspective commerciale pour le nouvel industriel, même si ses modalités précises et les volumes concernés n’ont pas été détaillés dans les informations disponibles.
La progression de la production locale d’huiles moteur constitue un enjeu important pour l’Algérie, qui a longtemps eu recours aux importations pour couvrir une partie de ses besoins. Face à cette dépendance, les autorités ont notamment confié à Naftal un rôle dans l’importation et la distribution des lubrifiants, dans l’attente d’un renforcement des capacités nationales.
IK-OIL rejoint ainsi un marché où sont déjà présents plusieurs producteurs et distributeurs. Sonatrach et sa filiale Naftal occupent une place importante dans le secteur, tandis que d’autres opérateurs privés développent leurs propres activités. TotalEnergies Lubrifiants dispose notamment d’une unité de mélange à Bethioua, dans la wilaya d’Oran. Petroser, Petro Baraka, Sopre-Oil et Mix Parts figurent également parmi les entreprises citées dans le paysage national des lubrifiants.
Le développement de Mix Parts illustre lui aussi la diversification de cette industrie. Installée à Aïn M’lila, cette société produit notamment ses propres huiles sous la marque Oilix et conditionne des produits d’autres marques. Elle intervient également dans le développement de la présence de Petronas sur le marché algérien. Le groupe malaisien, connu notamment pour ses activités dans les lubrifiants automobiles et son implication dans le sport automobile, a engagé une première phase reposant sur le conditionnement local de ses huiles, avant une éventuelle évolution vers le mélange sur place conformément au calendrier réglementaire évoqué par les responsables du projet.
Les chiffres de production disponibles témoignent des progrès réalisés ces dernières années. En janvier 2025, le président de l’Autorité de régulation des hydrocarbures avait annoncé une production nationale de 148 000 tonnes d’huiles moteur pour l’année 2024. Il avait également souligné la diminution de la facture des importations, attribuée notamment à l’augmentation des capacités locales et à l’amélioration de la production.
Malgré cette évolution, l’autosuffisance reste un objectif à consolider. Les données citées par les professionnels indiquent que la production nationale ne couvre pas encore l’ensemble des besoins du marché. Le secteur doit également composer avec une différence entre les huiles minérales fabriquées localement et certains produits plus élaborés, notamment les huiles synthétiques et les additifs, qui restent dépendants des approvisionnements extérieurs.
Dans ce contexte, les ambitions d’IK-OIL s’inscrivent dans une dynamique plus large visant à renforcer les capacités industrielles du pays. L’augmentation de la production, le développement des fournisseurs locaux et la conclusion de partenariats avec des acteurs de la filière automobile pourraient contribuer à réduire progressivement le recours aux importations. La concrétisation de ces objectifs dépendra néanmoins de la capacité des industriels à augmenter leurs volumes, à répondre aux exigences techniques du marché et à disposer des infrastructures nécessaires à leur expansion.
Le ministre de l’Industrie a, pour sa part, réaffirmé la volonté des pouvoirs publics d’accompagner les opérateurs nationaux. Il a insisté sur l’importance de l’intégration locale et de l’utilisation de matières premières produites en Algérie, tout en rappelant que la satisfaction de la demande intérieure devait rester prioritaire avant d’envisager une progression des exportations.
Avec une capacité appelée à croître au cours des prochaines années et un premier accord commercial annoncé avec Stellantis, IK-OIL entend donc prendre sa place dans un secteur en pleine évolution. Reste à concrétiser les objectifs affichés et à inscrire durablement cette nouvelle capacité industrielle dans l’effort de réduction de la dépendance du marché algérien aux huiles moteur importées.