La polémique autour de la colonisation française de l’Algérie continue de faire réagir. Cette fois, c’est Tiziri Digne, épouse du footballeur international français Lucas Digne, qui a pris publiquement position contre les propos de Sarah Knafo, députée européenne du parti Reconquête. Dans une publication sur ses réseaux sociaux, elle a vivement contesté la manière dont l’élue a présenté les relations entre la France et l’Algérie après l’indépendance de 1962.
Connue pour ses prises de position sur les questions liées à l’histoire franco-algérienne et à l’immigration, Tiziri Digne n’a pas mâché ses mots. Elle s’est particulièrement arrêtée sur une déclaration de Sarah Knafo, prononcée sur le plateau de CNEWS et remise en circulation dans le débat public. L’eurodéputée avait alors comparé la séparation entre la France et l’Algérie à un divorce, en affirmant : « Avec l’Algérie, on a divorcé en 1962, mais le problème, c’est que la France a eu la garde des enfants et continue de verser la pension alimentaire. »
Une formule que Tiziri Digne juge profondément réductrice au regard de l’histoire coloniale. « Comparer 132 ans de colonisation à un divorce, réduire des citoyens français à une charge financière… C’est d’une pauvreté intellectuelle affligeante », a-t-elle écrit. Par cette réaction, elle dénonce une comparaison qui, selon elle, évacue la violence de la période coloniale et ramène une histoire complexe à une question de dépenses supportées par la France.
La femme de Lucas Digne a ensuite élargi sa critique à la manière dont certains responsables politiques abordent le coût de l’immigration algérienne. Elle estime qu’un tel débat ne peut être mené sérieusement sans prendre également en considération les conséquences économiques et humaines de la colonisation française. Dans son message, elle évoque notamment les terres confisquées, les ressources exploitées et les populations dépossédées pendant les 132 années de présence coloniale.
« Et avant de faire les comptes de ce que coûterait l’immigration algérienne à la France, encore faudrait-il avoir l’honnêteté de faire ceux de 132 ans de colonisation », a-t-elle poursuivi. Elle avance également le chiffre de 2,7 millions d’hectares de terres passées aux mains des colons, avant de dénoncer l’exploitation des richesses et des ressources du territoire algérien. Ces éléments constituent le cœur de son argumentation : elle considère que les discussions sur les conséquences de l’indépendance ne peuvent faire abstraction de ce qui s’est produit avant 1962.
Tiziri Digne a également soulevé une question concernant les origines familiales de Sarah Knafo, en demandant si les ancêtres de l’eurodéputée n’étaient pas eux-mêmes originaires du Maghreb. Une remarque qui s’inscrit dans une critique plus large de la manière dont l’histoire de la région est mobilisée dans les débats politiques français.
La conclusion de son message résume sa position : « C’est facile de réclamer des comptes quand on commence l’Histoire au moment où l’on cesse d’en tirer profit. » Une phrase qui vise directement les discours mettant l’accent sur les conséquences financières de l’immigration algérienne, sans revenir, selon elle, sur les rapports de domination et les intérêts économiques qui ont marqué la période coloniale.
Cette intervention n’est pas la première prise de parole de Tiziri Digne sur ces sujets. Quelques jours auparavant, elle avait déjà réagi aux débats suscités par les événements du 17 octobre, en contestant certaines réactions face aux dégradations commises lors de ces faits. Elle avait notamment dénoncé ce qu’elle considérait comme une indignation sélective dans le traitement de ces événements.
Ses prises de position s’inscrivent aussi dans une histoire familiale qu’elle a déjà évoquée publiquement. En 2024, elle avait expliqué que ses grands-parents, immigrés, avaient connu la colonisation et la guerre d’Algérie. Elle avait rappelé les violences, les pillages, la peur et les privations auxquels ils avaient été confrontés. Elle avait également défendu une vision de la société française fondée sur la diversité, en évoquant son propre parcours et son environnement familial et social.
En s’attaquant aux déclarations de Sarah Knafo, Tiziri Digne remet ainsi au centre du débat la question de la mémoire coloniale et de la place qu’elle occupe dans les discussions contemporaines sur les relations entre la France et l’Algérie. Son intervention illustre également la manière dont des personnalités issues du monde du sport et de leur entourage prennent désormais part à des débats politiques et historiques qui dépassent largement le cadre sportif.