Il y a des obstacles administratifs qui découragent des vocations entières. Celui de la reconnaissance des diplômes étrangers dans le secteur de la santé en est un exemple concret, vécu douloureusement par des dizaines de professionnels algériens formés à l’étranger qui souhaitent exercer dans leur pays d’origine mais se heurtent à des procédures longues, opaques et épuisantes. Le ministère algérien de la Santé vient d’annoncer une mesure qui devrait changer la donne : le lancement d’une plateforme numérique entièrement dédiée au dépôt et à l’examen des demandes d’équivalence des diplômes étrangers.
L’annonce a été faite dans un communiqué publié samedi 30 mai. Elle concerne spécifiquement les titulaires de diplômes de formation paramédicale et de sage-femme obtenus dans des établissements étrangers et qui souhaitent faire reconnaître leurs qualifications pour exercer en Algérie. Désormais, la démarche se fait exclusivement en ligne, via l’adresse suivante : equivalence.sante.gov.dz. Plus besoin de se déplacer, de faire la queue dans des couloirs ministériels ou de naviguer dans un labyrinthe de guichets. Un dossier numérique, une plateforme dédiée, un traitement centralisé.
Cette initiative s’inscrit dans un mouvement plus large de modernisation de l’administration algérienne, que le ministère de la Santé dirigé par Mohamed Seddik Aït Messaoudene revendique explicitement. La direction de la formation, qui chapeaute ce dispositif, insiste sur deux objectifs complémentaires : améliorer la qualité du service rendu aux citoyens et faciliter l’examen des dossiers. Des objectifs qui sonnent parfois comme des formules creuses dans les communiqués officiels, mais qui, quand ils se traduisent par un outil concret et accessible, méritent d’être salués.
La procédure est simple dans son principe. Les titulaires des diplômes concernés sont invités à téléverser l’ensemble des pièces requises via la plateforme, en veillant particulièrement à la lisibilité et à la clarté des documents joints. Ce dernier point n’est pas anodin : une pièce floue, un document illisible ou mal scanné peut entraîner un rejet de la demande ou un retard significatif dans le traitement. Une attention particulière à la qualité des fichiers uploadés est donc fortement recommandée à tous ceux qui s’apprêtent à soumettre leur dossier.
Il faut replacer cette mesure dans son contexte pour en mesurer toute la portée. L’Algérie fait face, comme beaucoup de pays en développement, à une tension entre la fuite de ses compétences médicales et paramédicales vers l’étranger d’un côté, et le besoin urgent de renforcer son système de santé de l’autre. Des dizaines de milliers d’Algériens sont aujourd’hui formés dans des universités françaises, canadiennes, belges, espagnoles ou ailleurs dans le monde, dans des spécialités médicales et paramédicales. Certains rentrent ou envisagent de rentrer. Mais la complexité des procédures de reconnaissance de diplômes a longtemps constitué un frein réel, parfois rédhibitoire.
Faciliter ces équivalences, c’est donc potentiellement faciliter le retour de compétences dont le système de santé algérien a besoin. C’est permettre à une infirmière formée en France, à une sage-femme diplômée au Canada ou à un technicien de radiologie certifié en Espagne d’intégrer le circuit professionnel algérien sans avoir à surmonter un parcours du combattant administratif. C’est, en un mot, transformer une procédure dissuasive en démarche accessible.
Pour ceux qui sont concernés, le message est clair : la plateforme est ouverte, la procédure est numérique, et le ministère encourage vivement à suivre cette nouvelle voie plutôt que d’emprunter des circuits informels ou des démarches parallèles qui n’aboutissent généralement nulle part. Une bonne nouvelle, à condition que la promesse de simplification tienne dans la durée et dans la pratique.