Son souhait paraît paradoxal au regard de sa situation : Boumedienne S., déchu de la nationalité française en 2024, affirme vouloir quitter la France et rejoindre l’Algérie. Pourtant, plusieurs années après son premier placement en centre de rétention administrative, son éloignement reste impossible faute, selon lui, de document consulaire délivré par les autorités algériennes.
Né en 1999 à Aubervilliers, en Seine-Saint-Denis, d’un père algérien et d’une mère marocaine, l’homme a un parcours judiciaire lourd. Il avait été incarcéré dès 2016 avant d’être condamné, en 2018, pour association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste. Il reconnaît avoir fréquenté des personnes liées à l’organisation État islamique, tout en contestant une partie des faits qui lui ont été reprochés.
Après avoir terminé cette première peine, il est sorti de prison en 2021. Il a cependant été de nouveau incarcéré quelques mois plus tard dans le cadre d’affaires de droit commun, notamment pour des vols. Cette seconde procédure s’est soldée par une condamnation à 18 mois de prison.
C’est durant cette période qu’une décision administrative majeure est intervenue. Par un décret daté du 1er février 2024, Boumedienne S. a été déchu de la nationalité française. À sa sortie de prison, en juillet 2024, il ne disposait donc plus de cette nationalité et se trouvait en situation irrégulière en France.
Les autorités ont alors engagé une procédure visant à organiser son éloignement du territoire. Il a été placé en centre de rétention administrative, mais le départ vers l’Algérie n’a finalement pas pu être concrétisé.
Le principal obstacle se situerait du côté du laissez-passer consulaire. Boumedienne S. affirme que les autorités algériennes ne reconnaissent pas sa nationalité algérienne et n’ont pas délivré le document permettant son éloignement. Il assure, de son côté, ne pas s’opposer à un départ vers l’Algérie.
« Cela ne me dérange pas, je suis totalement d’accord pour aller en Algérie », affirme-t-il, selon les informations rapportées par le Journal du Dimanche.
L’intéressé soutient par ailleurs ne jamais avoir détenu de document d’identité algérien et ne s’être jamais rendu dans le pays. Cette situation complique les démarches engagées pour déterminer les conditions dans lesquelles son éloignement pourrait être exécuté.
Des contacts auraient pourtant été pris avec le consulat d’Algérie dès 2024. D’après les déclarations de Boumedienne S., ces démarches n’ont pas abouti. Il affirme que de nouvelles demandes de laissez-passer sont adressées régulièrement aux autorités algériennes, sans qu’un document lui permettant de quitter la France ne soit finalement délivré.
Cette absence de réponse a déjà eu des conséquences concrètes sur sa situation. Après avoir passé plusieurs mois en rétention en 2024 et 2025, il avait été assigné à résidence à l’expiration de la durée maximale de rétention. Il a ensuite été de nouveau incarcéré en juillet 2025, avant de sortir de prison en mars 2026.
Il se trouve aujourd’hui au centre de rétention administrative de Lille-Lesquin, dans le Nord. Son dossier intervient dans un cadre particulièrement sensible puisque, pour certaines personnes concernées par des procédures liées au terrorisme, la durée maximale de rétention administrative peut atteindre 210 jours.
L’enjeu est donc désormais celui de l’exécution effective de la mesure d’éloignement. Si aucun départ ne peut intervenir avant la fin de la période maximale autorisée, la rétention devra prendre fin, sans que cela signifie nécessairement la disparition de la mesure d’éloignement.
Boumedienne S. met également en cause la manière dont son dossier est traité par les autorités françaises. Il affirme notamment n’avoir jamais été conduit jusqu’à un aéroport depuis son premier placement en rétention en 2024. Pour résumer sa situation, il estime que le principal blocage se trouve en Algérie : « Ça bloque du côté de l’Algérie, ça, c’est sûr. »
Face à cette impasse, il évoque désormais une autre possibilité : rejoindre l’Algérie par ses propres moyens après sa sortie du centre de rétention. Une perspective qui reste toutefois incertaine compte tenu de l’absence, à ce jour selon ses déclarations, de document consulaire attestant sa nationalité algérienne.
Son cas rappelle enfin celui de Tewffik Bouallag, également retenu au CRA de Lille-Lesquin dans l’attente de son éloignement vers l’Algérie. Condamné à 13 ans de réclusion pour avoir rejoint l’organisation État islamique en Syrie, celui-ci a été libéré en avril 2026 et affirme lui aussi souhaiter être éloigné vers l’Algérie.
Ces deux situations illustrent les difficultés auxquelles peuvent se heurter les procédures d’éloignement lorsque l’identification ou la reconnaissance de la nationalité par le pays de destination pose problème. Dans le cas de Boumedienne S., la volonté affichée de quitter la France ne suffit donc pas, à elle seule, à permettre son départ : encore faut-il que les conditions administratives et consulaires nécessaires à son éloignement soient réunies.