Mauvaise surprise pour les Algériens en Espagne

Algériens Visas Espagne

Il y a quelque chose de paradoxal, voire de vertigineux, dans la politique migratoire que l’Espagne est en train de mener en ce moment. D’un côté, Madrid s’apprête à régulariser près de 500 000 ressortissants étrangers en situation irrégulière, une mesure d’une ampleur historique qui offre à des milliers de personnes une chance réelle de sortir de la clandestinité et de construire un avenir stable sur le sol espagnol. De l’autre, et presque simultanément, les autorités espagnoles viennent de relancer officiellement les expulsions forcées de ressortissants algériens sans papiers. Deux logiques apparemment contradictoires, qui coexistent pourtant dans le même agenda politique, et qui révèlent toute la complexité des enjeux migratoires au sein de l’Union européenne.

C’est un document interne, daté du 4 mai 2026 et révélé par le quotidien espagnol ABC, qui a mis la lumière sur cette décision. Le texte, adressé à l’ensemble des hauts responsables de la police espagnole, porte un objet sans ambiguïté : la reprise des opérations d’expulsion vers l’Algérie. Il précise que « après de longues négociations menées par le Commissariat général et d’autres services du ministère de l’Intérieur, la situation qui empêchait l’expulsion des citoyens algériens en situation irrégulière a été résolue ». Une formulation diplomatique qui dit beaucoup sans tout dire, mais qui confirme que le blocage des renvois était bien réel depuis plusieurs mois, conséquence directe de la crise diplomatique entre les deux pays autour de la question du Sahara occidental.

Concrètement, ce nouveau protocole donne aux autorités compétentes le feu vert pour saisir la justice espagnole afin de placer en centres de rétention administrative les ressortissants algériens jugés expulsables. L’Unité centrale de rapatriement reprend la main sur la coordination des opérations : lieu de détention, port de départ, nombre de personnes détenues simultanément. Le document prévoit également une modernisation des procédures d’identification, avec la mise en place d’adresses électroniques consulaires permettant d’organiser des vidéoconférences pour les entretiens qui se tenaient auparavant en présentiel. Une bureaucratisation de l’expulsion, en somme, qui traduit une volonté de fluidifier et d’industrialiser le processus.

Ce retour aux renvois forcés intervient dans un contexte diplomatique qui mérite d’être rappelé. Depuis la rupture de 2021 entre Alger et Madrid — provoquée par le soutien de l’Espagne au plan d’autonomie marocain pour le Sahara occidental — les relations entre les deux pays ont traversé une période de grande turbulence. Les coopérations sécuritaires, notamment en matière migratoire, avaient été sérieusement ralenties, voire gelées sur certains points. La reprise des expulsions s’inscrit donc dans un mouvement de normalisation progressive des relations bilatérales, même si les contentieux de fond restent loin d’être totalement résolus.

Pour les milliers d’Algériens présents en Espagne sans titre de séjour régulier, ce signal est lourd de sens. Il rappelle une réalité souvent occultée dans les débats sur l’immigration : la précarité du sans-papiers n’est jamais une situation figée. Elle est traversée en permanence par la menace d’une reconduite à la frontière, avec tout ce que cela implique comme rupture de vie, de projets, de liens tissés parfois sur plusieurs années. Le fait que cette reprise des expulsions coïncide avec une vaste opération de régularisation crée une ambivalence troublante dans le message envoyé : l’Espagne tend la main d’un côté, et serre le poing de l’autre.

On peut y lire une tentative d’équilibre politique délicat, entre les pressions internes d’une opinion publique de plus en plus sensible à la question migratoire, et les engagements européens d’un pays qui reste l’une des principales portes d’entrée de l’immigration vers le continent. Mais pour ceux qui vivent cette réalité de l’intérieur, il n’y a rien d’abstrait dans ces arbitrages. Il y a des familles, des trajectoires, des espoirs, et désormais, une menace administrative qui vient de reprendre corps.