Les relations entre la France et l’Algérie restent marquées par une succession de crises diplomatiques, malgré plusieurs tentatives de rapprochement engagées en 2026. Depuis l’été 2024, les désaccords se sont accumulés autour de dossiers particulièrement sensibles : le Sahara occidental, l’immigration, la mémoire de la colonisation, les affaires judiciaires et la coopération sécuritaire. Autant de sujets qui continuent de compliquer les relations entre Paris et Alger, alors même que les deux pays entretiennent des liens humains, économiques et historiques étroits.
L’un des principaux éléments déclencheurs de cette nouvelle dégradation remonte au 30 juillet 2024. Ce jour-là, le président français Emmanuel Macron a annoncé que la France considérait le plan d’autonomie proposé par le Maroc pour le Sahara occidental comme la seule base permettant d’aboutir à une solution politique. Cette prise de position a provoqué une réaction immédiate de l’Algérie, qui soutient le droit du peuple sahraoui à l’autodétermination.
Pour Alger, le dossier du Sahara occidental relève d’un principe politique et diplomatique fondamental. Le soutien français à la proposition marocaine a donc été interprété comme un changement majeur de position de Paris dans un conflit qui oppose depuis plusieurs décennies le Maroc au Front Polisario. L’Algérie a rappelé son ambassadeur en France, donnant ainsi un signal fort de son mécontentement.
Cette décision a profondément affecté les relations bilatérales. Elle a également renforcé les tensions régionales entre Alger et Rabat, alors que Paris cherchait parallèlement à consolider ses relations avec le Maroc. Depuis, le Sahara occidental demeure l’un des principaux points de désaccord entre les deux capitales.
L’immigration au cœur des tensions politiques
Un autre dossier occupe régulièrement le devant de la scène : celui de l’immigration algérienne en France. Les autorités françaises reprochent à Alger de ne pas coopérer suffisamment pour permettre le retour de ressortissants algériens faisant l’objet d’une obligation de quitter le territoire français (OQTF).
Paris réclame notamment une meilleure coopération consulaire et la délivrance de laissez-passer permettant d’organiser le retour de personnes qui ne disposent pas de documents de voyage valides. Cette question est devenue un sujet récurrent dans les débats politiques français, où plusieurs responsables réclament un durcissement des relations avec l’Algérie.
L’accord franco-algérien de 1968 est également régulièrement remis en cause par des responsables politiques français. Ce texte encadre notamment les conditions de circulation, de séjour et d’emploi des ressortissants algériens en France. Sa remise en question est devenue un thème central des discussions sur la politique migratoire, même si toute modification suppose de prendre en compte le cadre juridique particulier des relations entre les deux pays.
Les tensions se sont accentuées en 2025, notamment sous l’impulsion de Bruno Retailleau, alors ministre français de l’Intérieur, qui avait défendu une ligne particulièrement ferme à l’égard d’Alger. Les désaccords sur les expulsions, les visas et la coopération consulaire ont contribué à entretenir un climat de méfiance.
En 2026, les deux gouvernements ont néanmoins tenté de reprendre le dialogue. La visite du ministre français de l’Intérieur Laurent Nuñez à Alger en février, suivie de celle de son homologue algérien Saïd Sayoud à Paris les 1er et 2 juin, a permis de relancer les discussions sur la coopération sécuritaire et migratoire. Les questions liées aux laissez-passer consulaires et aux procédures d’éloignement ont notamment été abordées.
La colonisation et la mémoire historique continuent de diviser
Les relations entre les deux pays ne peuvent être comprises sans prendre en compte leur passé commun. La colonisation française de l’Algérie, commencée en 1830 et achevée avec l’indépendance en 1962, demeure un sujet particulièrement sensible dans les échanges entre Paris et Alger.
Les questions de reconnaissance des crimes coloniaux, de restitution des archives, des disparus de la guerre et des conséquences de la colonisation continuent de susciter des divergences. En Algérie, la mémoire de cette période occupe une place centrale dans l’histoire nationale. En France, les débats autour de la reconnaissance des responsabilités de l’État et de la transmission de cette histoire restent régulièrement relancés par des déclarations politiques.
Emmanuel Macron avait pourtant engagé plusieurs initiatives pour faire progresser le travail mémoriel, notamment avec la création d’une commission mixte d’historiens français et algériens. Le 1er novembre 2024, il avait également reconnu la responsabilité de l’armée française dans l’assassinat de Larbi Ben M’Hidi, figure du mouvement national algérien.
Ces initiatives n’ont cependant pas permis de régler les divergences historiques. Les attentes algériennes en matière de reconnaissance et de mémoire restent différentes de l’approche défendue par les autorités françaises, ce qui alimente régulièrement de nouvelles tensions.
Boualem Sansal a été libéré, mais l’affaire a laissé des traces
Les affaires judiciaires ont également pesé sur les relations entre les deux pays. L’arrestation de l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal en novembre 2024, puis sa condamnation à cinq ans de prison en mars 2025, avaient provoqué de nombreuses réactions en France. Paris avait multiplié les appels à sa libération, faisant de son cas un sujet majeur des échanges avec Alger.
L’affaire a connu un dénouement le 12 novembre 2025, lorsque le président Abdelmadjid Tebboune a accordé une grâce à l’écrivain à la suite d’une demande de son homologue allemand Frank-Walter Steinmeier. Boualem Sansal a ainsi été libéré, avant de rejoindre Paris le 18 novembre 2025.
Cette décision a constitué une évolution importante dans la crise diplomatique. Elle a permis de dénouer l’un des dossiers les plus médiatisés entre les deux pays, sans pour autant mettre fin aux désaccords politiques. L’affaire avait notamment illustré les difficultés rencontrées par Paris dans ses démarches auprès des autorités algériennes, ainsi que les divergences d’appréciation entre les deux gouvernements sur ce dossier.
Le journaliste sportif français Christophe Gleizes constitue un autre sujet sensible. Arrêté en Algérie en mai 2024, il a été condamné à sept ans de prison en juin 2025 pour des faits liés à l’apologie du terrorisme. Sa condamnation a été confirmée en appel en décembre 2025. Sa situation a suscité des réactions en France, notamment de la part des organisations de défense de la liberté de la presse, et continue d’être évoquée dans les discussions bilatérales.
Les expulsions de diplomates ont aggravé la crise
Les relations diplomatiques ont également été affectées par plusieurs épisodes de confrontation directe. En 2025, l’arrestation en France d’un agent consulaire algérien soupçonné d’implication dans une affaire d’enlèvement a provoqué une nouvelle escalade. Alger et Paris ont pris des mesures de rétorsion, notamment à travers des expulsions réciproques de personnels diplomatiques.
Ces épisodes ont contribué à fragiliser davantage la confiance entre les deux administrations. Le fonctionnement des représentations diplomatiques et consulaires, déjà affecté par les tensions politiques, s’est retrouvé au cœur de nouveaux désaccords.
La coopération sécuritaire constitue pourtant un enjeu important pour les deux pays, notamment dans la lutte contre les réseaux criminels, le terrorisme et les trafics transfrontaliers. Les difficultés diplomatiques rendent cependant plus complexe la mise en place d’une coopération régulière sur ces questions.
Les relations économiques ressentent également les effets de la crise
Les désaccords entre Paris et Alger ne se limitent pas aux questions politiques. Les échanges économiques ont eux aussi été affectés par la dégradation du climat bilatéral. Selon les chiffres cités dans le bilan du commerce extérieur français, les échanges commerciaux entre les deux pays ont atteint 9,4 milliards d’euros en 2025, en baisse de 14,8 % par rapport à l’année précédente.
Les relations commerciales restent néanmoins importantes dans plusieurs secteurs, notamment l’énergie, l’industrie, les transports et les services. Les entreprises françaises présentes en Algérie comme les opérateurs algériens travaillant avec la France sont directement concernés par l’évolution du climat entre les deux gouvernements.
Le 23 octobre 2026, Reuters a par ailleurs rapporté que l’Algérie aurait demandé à des producteurs d’urée de suspendre leurs exportations vers la France. Cette information, attribuée à des sources diplomatiques et industrielles, n’a pas été officiellement confirmée par les autorités algériennes. Elle a néanmoins illustré les inquiétudes autour des possibles répercussions économiques de la crise.
Un dialogue repris en 2026, sans règlement des différends
Malgré ces tensions, les deux pays n’ont jamais totalement interrompu leurs échanges. Plusieurs visites de responsables français et algériens ont permis de maintenir des canaux de discussion en 2026. Les déplacements de Laurent Nuñez à Alger et de Saïd Sayoud à Paris ont notamment marqué une reprise du dialogue sur les questions de sécurité et d’immigration.
La question des visas figure également parmi les sujets abordés. En juillet 2026, l’ambassadeur de France en Algérie avait évoqué la possibilité d’un retour progressif au niveau de délivrance des visas antérieur à la crise. Cette perspective reste toutefois liée à l’évolution générale des relations entre les deux pays et aux discussions sur la coopération consulaire.
La situation actuelle est donc celle d’une relation faite à la fois de tensions persistantes et de tentatives de rapprochement. Le poids de l’histoire, les divergences sur le Sahara occidental, les questions migratoires et les affaires judiciaires continuent de compliquer le dialogue politique.
Pour autant, les liens entre les deux sociétés restent considérables. La présence d’une importante communauté algérienne en France, les familles établies des deux côtés de la Méditerranée, les échanges universitaires et les relations économiques rendent les rapports entre les deux pays particulièrement étroits.
La normalisation dépendra désormais de la capacité de Paris et d’Alger à traiter leurs désaccords sans provoquer de nouvelles escalades. La reprise des contacts en 2026 constitue un signe de dialogue, mais elle ne signifie pas que les principaux différends ont été réglés. Les relations franco-algériennes restent ainsi suspendues à l’évolution de plusieurs dossiers qui dépassent largement le cadre diplomatique.