Rupture Algérie Émirats arabes unis : un diplomate dévoile les raisons

Crise Algérie Emirats

La rupture des relations diplomatiques entre l’Algérie et les Émirats arabes unis marque un tournant majeur dans les rapports entre les deux pays. Dans la foulée de cette décision annoncée par les autorités algériennes, l’ancien diplomate Ammar Belani a livré sa lecture des événements et avancé plusieurs raisons qui, selon lui, expliquent l’aboutissement de cette crise.

Dans une publication diffusée sur ses réseaux sociaux, l’ancien ambassadeur algérien et ex-porte-parole du ministère des Affaires étrangères estime que la décision d’Alger ne serait pas le résultat d’un événement isolé, mais plutôt l’aboutissement d’une longue période de tensions. Il évoque ainsi une accumulation de comportements qu’il qualifie d’« agressions déguisées en diplomatie », affirmant que l’Algérie a longtemps privilégié la retenue afin d’éviter d’aggraver les divisions au sein du monde arabe.

Ammar Belani, qui a notamment été ambassadeur en Turquie avant de prendre sa retraite, revient ainsi sur plusieurs dossiers qui, à ses yeux, ont progressivement détérioré les relations bilatérales. Parmi les principaux griefs qu’il cite figurent des accusations d’ingérence dans les affaires intérieures algériennes.

L’ancien diplomate pointe en particulier le soutien que les Émirats auraient apporté au Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie (MAK), classé comme organisation terroriste par les autorités algériennes. Selon lui, Abu Dhabi serait allé jusqu’à offrir une visibilité internationale à des représentants de ce mouvement, ce qu’il considère comme une démarche particulièrement grave au regard de la position officielle de l’Algérie sur la question de l’intégrité territoriale.

Pour Ammar Belani, cette question constitue l’un des éléments les plus sensibles dans la dégradation des relations entre les deux pays. Il estime que le fait d’accorder une tribune internationale à des représentants du MAK dépasse le cadre d’une simple prise de position diplomatique et traduit, selon son analyse, une volonté d’intervenir dans un dossier considéré par Alger comme relevant directement de sa souveraineté nationale.

L’ancien responsable du ministère des Affaires étrangères évoque également la présence aux Émirats de ressortissants algériens recherchés par la justice. Il accuse les autorités émiraties d’avoir offert un refuge à des personnes poursuivies en Algérie dans des affaires liées notamment à des détournements de fonds et à des faits de corruption. Là encore, il présente cette situation comme l’un des facteurs ayant contribué à détériorer davantage la confiance entre les deux capitales.

Autre sujet mis en avant : la politique régionale menée par les Émirats et leurs relations avec Israël et le Maroc. Ammar Belani considère que le rapprochement entre ces trois acteurs constitue un élément important dans la lecture que fait Alger de l’évolution de son environnement stratégique.

L’ancien diplomate revient notamment sur les accords d’Abraham, dans le cadre desquels les Émirats arabes unis et le Maroc ont normalisé leurs relations avec Israël. Selon son analyse, cette évolution a contribué à faire émerger une convergence d’intérêts entre Rabat, Abu Dhabi et Tel-Aviv.

Il affirme également que cette coopération aurait dépassé le simple cadre diplomatique. Ammar Belani évoque notamment des accords dans le domaine de l’armement, une coopération sécuritaire et de renseignement ainsi que le transfert de certaines technologies pouvant présenter des applications militaires. Il estime que ces rapprochements ont contribué à modifier l’équilibre stratégique dans la région au détriment des intérêts algériens.

La question du Sahel occupe également une place importante dans son analyse. Pour Ammar Belani, l’implication croissante des Émirats dans cette région représente un sujet de préoccupation particulier pour Alger, compte tenu de l’importance stratégique du Sahel pour la sécurité nationale algérienne.

L’ancien diplomate considère que les initiatives d’Abu Dhabi dans cette zone pourraient notamment contribuer à réduire l’influence historique de l’Algérie auprès de certains acteurs régionaux. Il évoque également la construction de nouvelles relations entre les Émirats et différents partenaires du Sahel, qu’il interprète comme participant à une stratégie plus large susceptible de renforcer la position du Maroc à proximité des frontières méridionales de l’Algérie.

Cette dimension régionale s’ajoute ainsi aux tensions déjà existantes sur plusieurs dossiers bilatéraux et maghrébins. Pour l’ancien ambassadeur, la rupture diplomatique doit donc être comprise comme le résultat d’une accumulation de divergences portant aussi bien sur les affaires intérieures algériennes que sur les équilibres géopolitiques autour du pays.

Ammar Belani aborde enfin la dimension économique des relations entre Alger et Abu Dhabi. Il remet en question la nature de certaines opérations présentées au fil des années comme des partenariats économiques entre les deux pays. Selon lui, plusieurs projets auraient en réalité servi des intérêts particuliers et auraient été associés à des opérations qu’il qualifie de détournement et de prédation économique.

Il estime notamment que certaines collaborations auraient créé des circuits où les intérêts privés auraient pris le dessus sur les intérêts nationaux. Ces accusations viennent, dans son analyse, compléter les griefs politiques, sécuritaires et géopolitiques qu’il considère comme ayant progressivement éloigné les deux pays.

La déclaration de l’ancien diplomate intervient donc dans un contexte de rupture officielle des relations entre l’Algérie et les Émirats arabes unis. Son analyse met en avant plusieurs facteurs : les accusations d’ingérence dans les affaires intérieures algériennes, le dossier du MAK, la présence de personnes recherchées par la justice algérienne aux Émirats, le rapprochement entre Abu Dhabi, Rabat et Tel-Aviv, les évolutions stratégiques au Sahel ainsi que les controverses entourant certains partenariats économiques.

Pour Ammar Belani, l’ensemble de ces éléments aurait progressivement créé un climat de défiance entre les deux capitales, jusqu’à rendre la rupture diplomatique inévitable. Son intervention apporte ainsi un éclairage particulièrement critique sur les relations entre Alger et Abu Dhabi et sur les raisons qu’il associe à la décision prise par les autorités algériennes.