Les relations entre l’Algérie et la France semblent poursuivre leur phase d’apaisement après plusieurs mois de tensions diplomatiques. Une nouvelle étape a été franchie cette semaine à l’occasion de la visite du ministre algérien de l’Intérieur, Saïd Sayoud, en France, où il a rencontré plusieurs responsables français, dont son homologue Laurent Nunez.
Cette rencontre, qui s’est déroulée sur deux jours, a permis aux deux parties d’aborder plusieurs dossiers sensibles, notamment la coopération sécuritaire, la lutte contre la criminalité organisée, les questions migratoires ainsi que l’avenir de l’accord franco-algérien de 1968, régulièrement au cœur des débats politiques en France.
La visite a également été marquée par une réunion de haut niveau présidée par le président français Emmanuel Macron, en présence de plusieurs responsables diplomatiques français et algériens. Un signal qui illustre l’importance accordée par les deux pays à la relance du dialogue bilatéral.
Une volonté commune de la France et de l’Algérie de tourner la page des tensions
À l’issue des discussions, les autorités françaises ont fait état d’une volonté partagée de renforcer la coopération entre les deux pays sur des bases qualifiées de pragmatiques et concrètes.
L’objectif affiché est de rétablir des mécanismes de travail réguliers entre les administrations des deux États après plusieurs mois de crispations ayant affecté différents dossiers, notamment ceux liés aux questions migratoires.
Les deux parties ont ainsi convenu de reprendre les échanges techniques et opérationnels autour de plusieurs priorités communes afin d’améliorer la coordination entre les services concernés.
Immigration irrégulière et OQTF au cœur des discussions
Parmi les sujets les plus sensibles figure celui des obligations de quitter le territoire français (OQTF) visant des ressortissants algériens en situation irrégulière.
Selon le ministère français de l’Intérieur, les discussions ont porté sur l’amélioration des mécanismes de coopération concernant les retours de personnes faisant l’objet de mesures d’éloignement.
Paris affirme avoir obtenu des garanties concernant la reprise d’une coopération administrative plus fluide entre les services consulaires algériens et les autorités françaises.
Les autorités françaises indiquent également que l’ensemble des consulats algériens présents sur le territoire français serait désormais mobilisé afin de traiter les dossiers relevant de ces procédures administratives.
Cette question demeure particulièrement sensible dans le débat politique français, plusieurs responsables estimant que les expulsions demeurent insuffisantes faute de documents consulaires délivrés dans certains cas.
Plusieurs priorités sécuritaires identifiées
Au-delà de l’immigration, Alger et Paris ont identifié plusieurs axes de coopération dans le domaine sécuritaire.
Les deux pays souhaitent notamment renforcer leur coordination dans la lutte contre :
- les réseaux de trafic de stupéfiants ;
- les drogues de synthèse ;
- le blanchiment d’argent ;
- les filières d’immigration clandestine ;
- la fraude documentaire ;
- les personnes recherchées impliquées dans la criminalité organisée.
Dans ce cadre, les autorités françaises ont annoncé un renforcement de leur dispositif sécuritaire en Algérie avec la mise en place d’un attaché de sécurité intérieure adjoint issu de la gendarmerie nationale française.
Cette mesure vise à faciliter les échanges d’informations entre les deux pays et à renforcer la coopération opérationnelle sur le terrain.
France – Algérie : L’accord de 1968 officiellement sur la table
L’autre dossier majeur abordé lors de cette visite concerne l’accord franco-algérien de 1968.
Ce texte, qui encadre une partie importante des conditions de séjour des Algériens en France, fait l’objet depuis plusieurs années de critiques récurrentes au sein de la classe politique française.
La droite et l’extrême droite réclament régulièrement sa suppression, estimant qu’il accorde des avantages spécifiques aux ressortissants algériens. De son côté, le gouvernement français privilégie plutôt une révision de certaines dispositions.
À l’issue des discussions, les deux parties ont convenu d’ouvrir un chantier de réflexion sur l’évolution de cet accord historique.
Selon les informations communiquées par Paris, la France doit prochainement présenter des propositions concrètes concernant d’éventuelles modifications du texte.
Aucun détail n’a toutefois été dévoilé à ce stade sur le contenu exact des changements envisagés.
Une question suivie de près par la diaspora algérienne
Cette évolution est observée avec attention par les centaines de milliers d’Algériens établis en France, ainsi que par les candidats à l’immigration.
L’accord de 1968 constitue en effet un texte central dans les relations migratoires entre les deux pays. Il encadre notamment certaines conditions d’obtention et de renouvellement des titres de séjour pour les ressortissants algériens.
Toute modification pourrait donc avoir des répercussions importantes sur de nombreux dossiers administratifs liés au séjour, au regroupement familial ou encore à l’activité professionnelle.
Pour l’heure, aucun changement concret n’est entré en vigueur. Les discussions ne font que commencer et devraient se poursuivre au cours des prochains mois dans le cadre du réchauffement progressif des relations entre Alger et Paris.
Les deux capitales semblent désormais privilégier une approche plus pragmatique, avec l’ambition affichée de reconstruire une coopération durable sur les dossiers sécuritaires, migratoires et économiques qui lient les deux pays depuis plusieurs décennies.