Devises en Algérie : de nouvelles conditions mises en place

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Les autorités algériennes ont engagé une nouvelle phase de régulation du commerce extérieur, marquée par un durcissement des mécanismes de contrôle sur les opérations d’exportation. Cette orientation intervient dans un contexte où l’État cherche à soutenir la diversification économique tout en limitant les fuites de devises et les pratiques frauduleuses qui fragilisent les réserves de change.

Selon les informations communiquées par le ministère du Commerce extérieur et de la Promotion des exportations, plusieurs enquêtes ont mis en évidence l’existence de quatre failles majeures exploitées par certains opérateurs économiques. Ces failles concernent principalement des mécanismes de contournement des règles de rapatriement des devises, pourtant considérées comme un pilier central de la politique commerciale nationale.

La première faille identifiée est celle de l’exportation sans restitution des recettes en devises. Dans plusieurs cas, des opérateurs ont bénéficié de facilités administratives accordées aux exportateurs de produits sensibles ou périssables, sans pour autant respecter l’obligation de rapatrier les revenus générés à l’étranger. Cette situation a permis des transferts financiers hors du circuit bancaire classique, échappant ainsi aux mécanismes de contrôle habituels.

La deuxième faille concerne la fragmentation des exportations. Certains opérateurs auraient recours à la division artificielle de leurs cargaisons afin de rester en dessous d’un seuil réglementaire fixé à 100 000 dinars, permettant ainsi de bénéficier d’exonérations de domiciliation bancaire. Cette pratique rend difficile le suivi réel des volumes exportés et ouvre la voie à des déclarations partielles ou inexactes des flux commerciaux.

La troisième faille réside dans la sous-évaluation des produits exportés. Des cas ont été signalés où des marchandises fabriquées localement sont revendues à l’étranger à des prix inférieurs à leur valeur réelle, voire parfois en dessous des coûts de production. Ce type de pratique soulève des interrogations sur l’existence de mécanismes de transfert indirect de valeur, permettant de déplacer une partie des revenus à l’étranger sous une forme difficilement détectable.

Enfin, la quatrième faille touche indirectement à la régulation globale du marché intérieur. Elle concerne les pratiques de spéculation, de détournement de circuits commerciaux et de désorganisation de la distribution, notamment via l’utilisation abusive de registres commerciaux ou de structures intermédiaires servant de couverture à des opérations économiques opaques.

Face à ces dérives, les autorités ont décidé de mettre en place un dispositif de contrôle renforcé impliquant plusieurs institutions. La Banque d’Algérie, les services des douanes, les établissements bancaires ainsi que la compagnie aérienne nationale chargée du fret seront désormais mobilisés pour assurer un suivi plus strict des opérations d’exportation.

À partir du 1er juillet 2026, toute nouvelle opération d’exportation sera soumise à des conditions plus rigoureuses. Les exportateurs devront notamment fournir les justificatifs complets des transactions précédentes, incluant les factures finales et la preuve du rapatriement des devises, avant d’être autorisés à lancer de nouvelles opérations. Cette mesure vise à instaurer une traçabilité continue des flux financiers.

Par ailleurs, les exportations bénéficiant d’exonérations spécifiques seront désormais soumises à autorisation préalable. L’objectif est de limiter les abus liés à la fragmentation des cargaisons et de garantir une meilleure transparence des volumes réellement exportés. Cette réforme devrait également permettre de détecter plus facilement les incohérences entre les valeurs déclarées et les prix réels pratiqués sur les marchés internationaux.

Les autorités ont également introduit de nouvelles exigences concernant la fixation des prix à l’exportation. Les opérateurs devront désormais obtenir une validation du producteur initial afin de garantir que les prix déclarés correspondent à la réalité économique des produits. Cette mesure vise à empêcher les pratiques de sous-facturation utilisées comme moyen de transfert indirect de capitaux.

Dans le même temps, une coordination renforcée entre les ministères du commerce extérieur et du commerce intérieur a été mise en place pour mieux encadrer la circulation des produits importés sur le marché national. Les importateurs devront désormais déclarer à l’avance leurs réseaux de distribution afin d’éviter les phénomènes de spéculation et de monopole.

Ces nouvelles dispositions traduisent une volonté claire des autorités de rééquilibrer la politique commerciale du pays. Il ne s’agit plus uniquement de promouvoir les exportations hors hydrocarbures, mais également de garantir que celles-ci contribuent effectivement à l’économie nationale en générant des devises réellement rapatriées.

Dans ce contexte, la lutte contre les exportations fictives ou détournées apparaît comme un enjeu stratégique. Elle vise à distinguer les véritables opérateurs économiques, qui participent à la création de richesse nationale, de ceux qui exploitent les dispositifs d’incitation pour réaliser des opérations spéculatives.

En renforçant les mécanismes de contrôle et en impliquant davantage les institutions financières et douanières, l’État entend instaurer une nouvelle gouvernance du commerce extérieur, fondée sur la transparence, la traçabilité et la protection des réserves de change.