Les députés doivent « payer le pain 40 ou 50 dinars »

Pain Algérie Alger

Faut-il continuer à subventionner les produits de première nécessité au même niveau pour tous les Algériens, quels que soient leurs revenus ? La question a de nouveau animé les débats à l’Assemblée populaire nationale (APN), à l’occasion de l’examen du projet de loi de finances 2027. Cette fois, c’est le député Fares Rahmani qui a défendu une réorientation du système actuel, en prenant l’exemple d’un produit emblématique du quotidien : le pain.

Son intervention repose sur une idée simple : les aides publiques devraient bénéficier en priorité aux ménages les plus modestes, plutôt que d’être accordées indistinctement à l’ensemble de la population. Pour illustrer cette position, l’élu a estimé que les responsables politiques et les catégories disposant de revenus confortables ne devraient pas profiter des mêmes tarifs subventionnés que les familles en difficulté.

« Pour préserver l’argent public, nous plaidons pour des subventions ciblées. Il est injuste que tout le monde bénéficie de ces subventions. Par exemple, nous, en tant que députés, nous avons de bons salaires, nous ne devrions pas profiter des subventions. Quand on achète le pain, on ne devrait pas le payer 10 dinars, mais 40 ou 50 dinars », a-t-il déclaré.

Membre du Front El Moustakbel et représentant de la communauté algérienne en Europe du Nord, Fares Rahmani a ainsi proposé que les personnes disposant d’une rémunération élevée paient davantage certains produits actuellement soutenus par l’État. Le tarif de 40 à 50 dinars évoqué pour le pain constitue l’exemple avancé par le député, et non une mesure déjà décidée par les autorités.

L’élu a également insisté sur les écarts de revenus entre les ménages. Il a notamment cité le cas de familles ayant trois ou quatre enfants et ne disposant que de 20 000 dinars de salaire mensuel. À ses yeux, ces foyers devraient bénéficier prioritairement de l’effort budgétaire public, contrairement aux personnes percevant 100 000 dinars ou davantage.

« Il faut orienter les subventions au profit de ceux qui ont un pouvoir d’achat très faible. Il y a des citoyens qui ont 3 ou 4 enfants et qui touchent un salaire de 20.000 dinars. Ceux qui touchent un salaire mensuel de 100.000 et plus ne devraient pas bénéficier de ces subventions », a-t-il plaidé mardi devant les députés.

Cette prise de position intervient alors que les dépenses consacrées aux transferts sociaux restent particulièrement importantes dans les prévisions budgétaires de l’Algérie. Le projet de loi de finances pour 2027 prévoit une enveloppe de 2 414,15 milliards de dinars, soit environ 18 milliards de dollars, au titre des subventions et transferts sociaux.

Sur ce montant, 717,7 milliards de dinars doivent être consacrés au soutien et à la stabilisation des prix des produits de grande consommation. Le dispositif concerne notamment plusieurs denrées essentielles, parmi lesquelles le pain, l’huile, le sucre et le café. Le maintien de ces mécanismes représente un levier important de protection du pouvoir d’achat, dans un contexte où les dépenses alimentaires pèsent sur le budget de nombreux foyers.

Mais le principe d’une aide identique pour tous fait régulièrement débat. Depuis plusieurs années, des économistes et des responsables politiques défendent une évolution vers des subventions ciblées, qui permettraient de concentrer les ressources publiques sur les ménages ayant réellement besoin de soutien. Une telle réforme suppose toutefois de déterminer avec précision les revenus et la situation économique des bénéficiaires.

La difficulté est loin d’être nouvelle. Les gouvernements successifs ont notamment mis en avant l’absence de bases de données suffisamment fiables sur les revenus des ménages pour expliquer le maintien d’un système universel. La loi de finances de 2022 avait pourtant prévu la mise en place d’un mécanisme de compensation monétaire destiné aux familles concernées par une réforme des subventions. Son application a ensuite été reportée.

Le président Abdelmadjid Tebboune avait lui-même exprimé des réserves sur les risques d’une mauvaise identification des bénéficiaires. En février 2026, il avait notamment expliqué qu’une erreur de classement pouvait priver des familles de leurs droits, soulignant les conséquences sociales d’un dispositif qui exclurait à tort certains ménages.

La proposition de Fares Rahmani relance donc un débat qui dépasse le seul prix du pain. Elle pose la question de la répartition des aides publiques, mais aussi des critères qui permettraient de distinguer les ménages selon leurs capacités financières. Pour l’heure, les tarifs évoqués par le député ne constituent pas une décision gouvernementale : ils s’inscrivent dans une proposition formulée au cours des discussions parlementaires sur le budget de 2027.