Il y a des événements qui, en apparence, semblent anodins — le chargement d’un camion, la signature d’un bon de livraison, le départ d’une cargaison vers un pays voisin. Mais quand ce camion transporte des batteries automobiles fabriquées en Algérie, destinées pour la première fois à un marché africain, et que derrière cette expédition se trouvent deux entreprises algériennes ayant conçu, produit et exporté un produit industriel 100 % local, l’événement prend une tout autre dimension. C’est exactement ce qui s’est passé à Aïn M’lila, dans la wilaya d’Oum El Bouaghi, avec le lancement de la première opération d’exportation de batteries automobiles fabriquées localement vers le Cameroun, dans le cadre d’un partenariat industriel entre Stellantis Algérie et Fabcom.
Le coup d’envoi de l’opération a été donné en présence du wali d’Oum El Bouaghi, Benabd Allah Chaïb Eddour, entouré des autorités civiles et militaires locales, ainsi que des responsables des deux entreprises partenaires. La cérémonie s’est tenue directement au niveau de l’unité de production de Fabcom à Aïn M’lila, permettant aux journalistes présents de visiter les différentes étapes de fabrication des batteries avant la conférence de presse. Un choix symboliquement fort : montrer le produit là où il naît, sur les chaînes de montage, entre les mains des ouvriers algériens qui le fabriquent.
Mohamed Salim Ramdani, directeur général de Stellantis Algérie, a tenu à souligner la portée de ce moment. Pour lui, cette première exportation « reflète la compétence des partenaires industriels algériens et la qualité du produit », et incarne « l’ambition de construire un écosystème industriel dans le secteur automobile ouvert aux marchés africains et internationaux ». Il a ajouté que Stellantis Algérie « est fière de voir un produit algérien se diriger vers les marchés africains, une étape qui ouvre la voie à d’autres projets de fabrication à l’avenir ». Des mots qui résonnent différemment quand on sait que l’entreprise vient également de participer au salon des produits et services algériens à Nouakchott, en Mauritanie, où des premiers contacts ont été établis avec de potentiels clients au Sénégal, en Côte d’Ivoire et dans d’autres pays du continent.
De son côté, Khaled Attia, directeur exécutif de Fabcom, a insisté sur le caractère inédit de l’opération. C’est, dit-il, « la première du genre dans le domaine de l’exportation de batteries automobiles fabriquées en Algérie vers l’étranger », et elle témoigne d’une « qualité du produit national, fabriqué par des mains locales et une expertise 100 % algérienne ». Il a par ailleurs précisé que l’entreprise travaille déjà, dans le cadre de ses partenariats industriels, à élargir ses opérations d’exportation vers des pays voisins mais aussi vers des marchés européens — une ambition qui, si elle se concrétise, représenterait une nouvelle étape significative dans la montée en gamme de l’industrie algérienne.
Ce qui rend cette nouvelle particulièrement significative, c’est le contexte dans lequel elle s’inscrit. L’Algérie cherche depuis plusieurs années à réduire sa dépendance aux exportations d’hydrocarbures, qui représentent encore l’essentiel de ses recettes en devises. La diversification économique est un objectif affiché, répété, mais dont les résultats concrets tardent souvent à se matérialiser. L’exportation de batteries automobiles vers le Cameroun, aussi symbolique soit-elle dans son volume initial, est précisément le type de signal concret que les discours officiels peinent parfois à produire seuls. Un produit fabriqué localement, vendu à l’étranger, générant des devises sans avoir pompé une seule goutte de pétrole — c’est exactement le modèle que l’Algérie appelle de ses vœux depuis des années.
La wilaya d’Oum El Bouaghi, et plus particulièrement Aïn M’lila, n’est pas un hasard géographique dans cette histoire. La région a progressivement développé un tissu industriel réel, dont l’unité Fabcom est l’un des fleurons. Voir cette usine exporter son produit phare vers l’Afrique subsaharienne, c’est aussi la reconnaissance d’un travail de fond, patient, mené loin des projecteurs des grandes métropoles.
L’Afrique est un marché immense, en pleine croissance, qui a soif de produits industriels de qualité à des prix accessibles. L’Algérie, par sa position géographique, sa capacité industrielle naissante et ses liens historiques avec le continent, a toutes les cartes en main pour y jouer un rôle de premier plan. Cette première batterie exportée vers Yaoundé est peut-être le premier maillon d’une chaîne bien plus longue.