Incident à l’Unesco : l’Algérie hausse le ton après l’attaque

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Il y a des lieux qui, par leur vocation même, devraient être à l’abri de la violence et de la provocation. Le siège de l’UNESCO, à Paris, est l’un d’eux. Cette institution onusienne dont la raison d’être est précisément de protéger le patrimoine culturel de l’humanité, de favoriser le dialogue entre les peuples et de célébrer la diversité des civilisations. C’est pourtant dans cet espace, lors de la Semaine africaine 2026, que des ressortissants marocains ont agressé le stand algérien, le mercredi 20 mai. Une agression filmée, documentée, qui a provoqué une réaction officielle ferme de l’ambassade d’Algérie en France et choqué bien au-delà des cercles diplomatiques.

Ce qui s’est passé ce jour-là n’est pas un incident isolé né d’une altercation spontanée. C’est la répétition d’un schéma désormais bien établi. Quelques semaines plus tôt, lors de la Foire de Paris 2026, une femme et un homme appartenant à une association marocaine en France avaient attaqué des exposants au pavillon algérien, dans un incident suffisamment grave pour nécessiter l’intervention de la police et donner lieu au dépôt d’une plainte. Le même scénario s’était déjà produit lors de la même foire en 2025. Et maintenant, c’est au cœur même de l’UNESCO que la provocation se répète. Trois incidents, en deux ans, dans des espaces officiels et prestigieux, tous ciblant des exposants algériens venus représenter leur culture et leur artisanat.

Le fil conducteur de ces agressions est connu : la revendication par des militants marocains de la paternité de produits culturels algériens, au premier rang desquels le caftan. Une guerre de l’appropriation culturelle qui dépasse depuis longtemps le débat académique pour se transformer en affrontements physiques contre des exposants dont le seul tort est de défendre l’authenticité de leur patrimoine. Ce que ces agresseurs tentent de faire, c’est d’effacer une présence, d’intimider des femmes et des hommes qui portent l’identité culturelle algérienne dans leurs mains et dans leurs créations, et de les contraindre au silence par la violence là où ils ont échoué par l’argumentation.

L’ambassade d’Algérie en France n’a pas mâché ses mots dans son communiqué officiel. Elle a condamné avec la plus grande fermeté cette agression, qualifiée d' »attentat odieux », et a exprimé un soutien indéfectible aux exposants algériens engagés dans la promotion du patrimoine national. Elle a surtout lancé un avertissement clair : elle ne manquera pas d’entreprendre toutes les démarches nécessaires pour protéger ses ressortissants, et veillera à ce que les auteurs mais aussi les commanditaires de ces actes ne restent pas impunis. Le mot « commanditaires » est important. Il signifie que la diplomatie algérienne ne croit pas à la spontanéité de ces agressions répétées, et qu’elle entend remonter la chaîne jusqu’à ceux qui les organisent ou les encouragent.

Car il faut poser la question que l’on évite souvent de formuler trop directement : les autorités marocaines ont-elles jamais condamné ces agissements ? La réponse, à ce jour, est non. Pas une réaction officielle, pas une mise en garde, pas le moindre signal que Rabat désapprouve le comportement de ses ressortissants qui transforment des espaces culturels internationaux en théâtres d’affrontement. Ce silence est une forme de complaisance. Il envoie un message à ceux qui sont tentés de recommencer : vous ne risquez rien.

Les artisanes et artisans algériens qui ont fait le voyage jusqu’à Paris pour exposer leurs œuvres ne sont pas des acteurs politiques. Ce sont des porteurs de mémoire, des gardiens d’un savoir-faire transmis de génération en génération. Les voir agressés dans un lieu censé les protéger est une honte — pour leurs agresseurs, pour ceux qui les couvrent, et pour tous ceux qui ont laissé faire.